Condamnée à huit ans de prison, la militante antiraciste Saadia Mosbah reçoit une vague de soutien

Les ONG locales et internationales dénoncent une régression des droits et libertés en Tunisie
Emprisonnée depuis le 7 mai 2024, Saadia Mosbah, présidente de l’association M’nemty (“mon rêve”), a été condamnée à huit ans de prison. Elle était poursuivie pour “blanchiment d’argent et enrichissement illegal”, selon la version du tribunal.
Un “procès politique” ?
L’accusation du tribunal est fermement contestée par ses avocat·es et ses proches, qui dénoncent un procès “politique plutôt que juridique”.
Selon son avocate, Monia El Abed, la militante avait “28.000 dinars (environ 8.000 euros) sur son compte” et “32.000” sur celui de l’association. Elle a annoncé son intention de faire appel, se demandant comment il était possible de “parler de blanchiment d’argent avec de telles sommes”. “Le dossier est vide”, a insisté Dhouha Yahyaoui, militante de la société civile.
Une position largement partagée par les soutiens de Saadia Mosbah, mobilisé·es dès son arrestation autour du hashtag #FreeSaadia. La militante féministe et antiraciste Rokhaya Diallo avait notamment estimé sur son compte X que: “cette grande voix de l’antiracisme paye sans doute le prix de son engagement”.

Une pétition avait également été lancée sur les réseaux sociaux pour demander la libération de Saadia Mosbah.
Âgée de 66 ans, Saadia Mosbah a à plusieurs reprises dénoncé des conditions de détention “difficiles”, malgré un état de santé fragile.
Héroïne de la lutte contre le racisme au Maghreb
Son arrestation intervient dans un contexte politique tendu. Elle défendait les droits de migrant·es venu·es d’Afrique subsaharienne, après un discours virulent du président tunisien Kaïs Saïed en février 2023. Celui-ci dénonçait l’arrivée de “hordes de migrants clandestins” et évoquait un complot visant à “changer la composition démographique” du pays.
En plus de sa peine de prison, la militante a été condamnée à une amende de 100.000 dinars (environ 30.000 euros).
Ancienne hôtesse de l’air, elle-même noire, Saadia Mosbah est à l’origine de l’adoption, en 2018, d’une loi pionnière au Maghreb contre les discriminations raciales.
Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, une vague de soutien continue de s’amplifier, avec de nombreuses voix qui réclament sa libération.








