
En Afrique, comme sous d’autres contrées , les menstruations restent un sujet tabou, entouré de mythes et de stigmatisations.
« Du sang, regardez ! Du sang… elle est tachée ! Ha ha ha ! »
Dans la salle de classe, des rires et des murmures fusaient de partout. Filles comme garçons s’en donnaient à cœur joie pour la pointer du doigt. Stella, 12 ans au CEG 1 de Parakou, regardait autour d’elle, perdue, le visage inondé de honte. La tache rouge sur le bas de sa robe kaki était l’origine de ce tumulte.
Comme des millions de personnes menstruées à travers le monde, Stella venait de vivre une réalité commune, mais encore largement tue : l’arrivée des premières règles.
Les menstruations sont encore associées à l’impureté
En Afrique, comme sous d’autres contrées, les menstruations restent un sujet tabou, entouré de mythes et de stigmatisations. Elles sont traversées par de multiples réalités sociales et politiques qui restent très peu abordées, aussi bien dans la sphère privée que publique.
Aujourd’hui encore, les menstruations continuent d’être perçues comme quelque chose d’impur et de sale. Bien qu’il existe des cultures où les premières règles sont célébrées comme chez les Ndebélé en Afrique du Sud, il existe également plusieurs traditions africaines où l’on impose aux personnes menstruées des restrictions et des interdits.
Ces interdits varient selon les cultures, les religions, le niveau d’éducation et prennent souvent la forme de l’isolement : « une femme menstruée ne dort pas dans le même lit que son mari », « une femme menstruée ne prie pas », « une femme menstruée ne cuisine pas pour son mari », « une femme menstruée ne va pas au champ », et bien d’autres.
Mais si on insiste autant sur ce qu’une personne menstruée ne doit pas faire, la même énergie n’est pas déployée pour engager une véritable discussion sur l’éducation menstruelle. Le sujet reste peu abordé, voire totalement absent des discussions familiales.
Vivre ses premières règles dans la peur, la honte et l’incompréhension
Dans beaucoup de cas, une jeune fille se réveille un matin, comme Stella, et découvre ses draps ou ses vêtements tachés de sang, sans jamais avoir reçu la moindre d’explication préalable. Elle se retrouve alors exposée à la honte, aux moqueries ou, pire, aux interprétations des adultes autour d’elle. Beaucoup d’entre nous grandissent ainsi, sans éducation menstruelle, découvrant les premières règles dans la peur et l’incompréhension.
Si vous questionnez une personne menstruée béninoise (le contexte que je maîtrise le mieux) sur l’expérience de ses premières règles, il y a une chance sur deux qu’elle vous raconte que sa mère, sa tante, son tuteur ou sa tutrice lui a demandé ce qu’elle aurait « fait » pour les déclencher, insinuant parfois que cela serait lié à une proximité intime avec un garçon.
Puis vient cette phrase que beaucoup d’entre nous connaissent : « Maintenant, tu es une femme. Si tu t’approches d’un garçon, tu tomberas enceinte. »
Avec un peu de chance, la personne à qui s’adresse cette phrase reçoit un bref tutoriel sur comment utiliser une protection menstruelle et comment prendre soin de notre corps pendant cette période. Sinon, elle l’apprend seule, intuitivement ou grâce aux ami.e.s ou sur internet.
Note de la rédaction : Ceci est la première partie de notre série sur la dignité menstruelle en Afrique, plus précisément au Bénin. Nous vous invitons à lire la suite dans le prochain article (à venir).







