Pourquoi la CAN féminine est-elle encore méprisée ?

Le Nigeria a remporté la CAN féminine 2024 au Maroc, qui avait été reportée à 2025.
La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) féminine devait débuter ce mardi 17 mars au Maroc. Pourtant, à moins de deux semaines seulement du coup d’envoi initial, la Confédération africaine de football (CAF) a décidé de reporter la compétition au 25 juillet 2026, évoquant « certaines circonstances imprévues », sans donner davantage d’explications.
Une décision tardive qui a suscité incompréhension et frustration chez plusieurs internationales africaines.
L’internationale nigériane Rasheedat Ajibade a ainsi réagi sur son compte X, affirmant que « le football féminin africain mérite mieux ». Même réaction du côté de la défenseure nigériane Ashleigh Plumptre, qui a estimé dans une interview à la BBC que « cela n’arriverait tout simplement pas pour d’autres tournois de football féminin, et encore moins pour le football masculin ».
Des semaines d’incertitude
Cette annonce intervient après plusieurs semaines d’incertitude autour de l’organisation du tournoi.
Alors que le Maroc avait été officiellement désigné comme pays hôte, des rumeurs persistantes ont circulé après la finale de la CAN masculine, où le Maroc s’est incliné face au Sénégal (1-0). Par ailleurs, il a été relevé que le calendrier de la CAN féminine entrait en conflit avec celui du championnat national marocain, pour lequel plusieurs stades étaient également nécessaires.
Une situation jugée « injuste » par Desiree Ellis, l’entraîneuse de l’équipe nationale sud-africaine, interrogée par la South African Broadcasting Corporation. « Est-ce que cela se produirait dans le football masculin ? », a-t-elle interrogé.
Pendant plusieurs semaines, cette situation a laissé fédérations, joueuses et supporters dans un flou total. Lorsque la décision de report a finalement été officialisée, plusieurs sélections étaient déjà en rassemblement et certaines disputaient au même moment des matchs amicaux de préparation.
Des conséquences pour les clubs et les joueuses
De nombreuses internationales africaines évoluent dans des championnats étrangers, notamment en Europe. Le déplacement du tournoi à l’été implique que certaines joueuses devront quitter leur club à une période différente de celle initialement prévue. Pour les équipes, cela signifie revoir la gestion des effectifs et adapter leurs propres calendriers sportifs.
Ce n’est pas la première fois que la CAN féminine connaît des reports ou des perturbations. L’édition 2020 avait été annulée par la CAF en raison de la pandémie de Covid-19. L’édition suivante, initialement prévue en 2024 au Maroc, avait elle aussi été repoussée d’un an, car le tournoi coïncidait avec les Jeux olympiques de Paris.
Ces épisodes successifs alimentent les critiques sur la place accordée au football féminin dans les instances africaines. Aucune édition de la CAN masculine, par exemple, n’a jamais été purement et simplement annulée depuis la création de la compétition en 1957.
Une situation “embarassante”
Cette édition de la CAN féminine devait pourtant marquer une étape importante dans le développement du football féminin africain.
Pour la première fois, la compétition devait réunir seize équipes, contre douze lors des éditions précédentes, donnant ainsi plus de visibilité au tournoi.
Mais cet épisode risque de fragiliser la crédibilité d’une discipline qui lutte encore pour obtenir une reconnaissance équivalente à celle du football masculin. Une situation jugée « embarrassante » par l’attaquante nigériane Rinsola Babajide, qui a également réagi sur son compte X.










