
Comme dans d'autres pays sur le continent, les Nigeriennes ont lutté pour obtenir leurs droits.
Niger : le 13 mai, une journée née d’une marche historique des femmes

Comme dans d’autres pays sur le continent, les Nigeriennes ont lutté pour obtenir leurs droits.
Depuis 34 ans, le 13 mai marque la célébration de la Journée nationale de la femme nigérienne. Bien plus qu’une simple commémoration, cette date trouve son origine dans une mobilisation historique menée par des milliers de femmes en 1991, dans un contexte de transition démocratique et de fortes inégalités.
13 mai 1991 : la marche qui a marqué un tournant
À la fin des années 1980, le Niger traverse une période de profondes tensions politiques et sociales. Après des années de régime à parti unique, suivi du pouvoir militaire du lieutenant-colonel

Le lieutenant-colonel Seyni Kountché à gauche et le Général de Brigade Ali Chaibou à droite.
Seyni Kountché, décédé en 1987, les revendications en faveur de la démocratie et de la justice sociale se multiplient. Sous la pression populaire, le gouvernement du Général de Brigade Ali Chaibou, alors président de la transition au Niger, annonce une “Conférence nationale souveraine” afin de redéfinir l’avenir politique du pays.
Mais à l’approche de cette conférence, les femmes nigériennes constatent leur quasi-absence des espaces de décision. Sur plusieurs dizaines de membres composant la commission préparatoire, une seule femme est représentée.
Révoltées, elles organisent une marche historique, la première de cette ampleur, afin de dénoncer leur mise à l’écart. La marche a lieu le 13 mai 1991. Des milliers de femmes nigériennes de tout âge et de toutes les couches sociales, issues d’associations féminines, de syndicats, d’organisations de la société civile ou simplement citoyennes engagées, réclament une représentation plus équitable dans les instances du pays.
Cette mobilisation marque un moment inédit dans l’histoire politique du Niger. Les femmes obtiennent progressivement une augmentation de leur nombre dans les commissions de la Conférence nationale. Mais surtout, cette marche devient un symbole durable de l’engagement politique des Nigériennes.
En 1992, les autorités nigériennes officialisent le 13 mai comme Journée nationale de la femme nigérienne.
La condition des femmes nigériennes au début des années 1990
À cette époque, les femmes nigériennes font face à de nombreux obstacles sociaux, économiques et politiques. Leur accès à l’éducation reste limité, particulièrement dans les zones rurales, et leur représentation dans les institutions publiques demeure très faible.
Le Niger affiche alors l’un des taux de scolarisation des filles les plus bas au monde. Les mariages précoces et les grossesses d’adolescentes touchent une grande partie des jeunes filles, freinant leur accès à l’éducation et à l’autonomie économique.
Dans la sphère politique, les femmes sont largement absentes des postes de décision. Leur participation à la vie publique se heurte à des normes sociales conservatrices, mais aussi à des inégalités structurelles.
Des avancées, mais des défis persistants
Depuis le 13 mai 1991, les Nigériennes, dans leur diversité, n’ont pas arrêté de lutter pour leurs droits. En 2019, elles ont notamment obtenu la mise en place d’une loi sur les quotas afin d’augmenter leur représentation dans les institutions politiques et les postes publics.

La ligue nigérienne des droits des femmes organise une célébration de la Journée de la femme nigérienne.
Des progrès ont également été enregistrés dans l’éducation des filles et dans certains programmes d’autonomisation économique.
Mais les organisations féminines et féministes rappellent régulièrement que ces avancées restent fragiles et inégalement réparties selon les régions et les milieux sociaux.
Plus de trois décennies après la marche du 13 mai 1991, cette journée demeure donc à la fois un hommage aux pionnières du mouvement des femmes nigériennes et un rappel des combats encore en cours pour l’égalité.













