Elles agissent pour la dignité menstruelle en Afrique

Depuis quatre ans, le festival “Mes Menstrues Libres” libère la parole sur les menstruations en Afrique. © Photo prise sur le Blog Eyala

La dignité menstruelle joue un rôle essentiel dans la vie des personnes menstruées à travers le monde. Entre la puberté (vers 12 ou 13 ans) et la ménopause (autour de 50 ans), une femme vit en moyenne près de 450 cycles menstruels au cours de sa vie, soit plus de huit années cumulées de règles. Pourtant, comme on l’a montré dans les précédentes parties de cette série sur les menstruations en Afrique, le tabou des règles reste largement répandu à travers le monde.

Malgré les défis, des militantes africaines et des organisations de la société civile multiplient les initiatives pour briser le silence et faire avancer la dignité menstruelle sur le continent.

Agir pour changer les règles

Ces dernières années, des organisations féministes engagées dans les droits sexuels et reproductifs comme Gouttes Rouges en Côte d’Ivoire, Malaaf en Guinée, Filles en Actions et Fondation des Jeunes Amazones pour le Développement au Bénin, œuvrent pour sensibiliser aux enjeux liés aux menstruations et lutter contre la précarité menstruelle.

C’est dans cette dynamique qu’est né le festival « Mes Menstrues Libres », présenté comme le tout premier festival consacré à la dignité menstruelle en Afrique de l’Ouest francophone. L’idée est née en 2023 de deux militantes africaines, Amandine Yao, fondatrice de l’ONG Gouttes Rouges, et Salematou Balde, présidente de l’ONG Actuelles.

“Lorsque nous avons organisé le festival Mes Menstrues Libres, notre objectif principal était de briser les tabous, de déconstruire et ensuite de favoriser le partage d’expériences”, explique alors Salematou Balde, dans un entretien à Eyala en 2024.

Panels, ateliers, expositions, cercles de parole, plaidoyers ou encore campagnes de sensibilisation : les activités organisées visent à replacer les menstruations au cœur des questions de santé publique, d’éducation et de justice sociale. Cette année, le festival est organisé dans six pays : Côte d’Ivoire, Togo, Guinée, Bénin, Cameroun et Niger.

Depuis sa création, le festival ne cesse de grandir. Cette année, il a lieu dans six pays. © Jr.Studio & Que Dit Le Peuple ?

Des avancées commencent à voir le jour

Au Bénin, par exemple, la loi n° 2022-04 du 16 février 2022 sur l’hygiène publique prévoit, dans ses articles 119 à 125, l’aménagement d’espaces sanitaires adaptés dans les établissements publics et privés, notamment les écoles et centres de formation. Ces espaces doivent garantir l’intimité des personnes menstruées et leur donner accès à de l’eau potable, du savon, des protections hygiéniques et des poubelles adaptées.

Au Ghana, en 2025, le gouvernement avait annoncé le lancementde l’initiative “Free sanitary pads”, un programme d’approvisionnement des écoles en serviettes hygiéniques gratuites pour contribuer à l’assiduité scolaire des filles et pour préserver leur dignité.

D’autres pays comme la Zambie et le Kenya disposent de congés spécifiques pour les femmes menstruées, même si la réforme doit encore être élargie, dans le cas du Kenya.

L’éducation menstruelle, une affaire de tous.tes

Pour les militantes engagées sur ces questions, il reste essentiel de renforcer l’éducation menstruelle, aussi bien auprès des filles que des garçons, afin de déconstruire les préjugés qui alimentent la honte et la stigmatisation.

L’amélioration de l’accès aux soins gynécologiques, la réduction du coût et l’amélioration de la qualité des protections menstruelles, une meilleure prise en charge des douleurs menstruelles et la mise en place de politiques publiques inclusives figurent également parmi les principales revendications.

Au-delà des lois et des campagnes de sensibilisation, la lutte pour la dignité menstruelle passe aussi par un changement des mentalités dans les familles, les écoles, les médias et les lieux de travail.

Note de la rédaction : ceci est la troisième et dernière partie de notre série sur les menstruations en Afrique. Lisez aussi la première et la deuxième partie.

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