
Manifestation à Paris contre l'excision au Mali

Manifestation à Paris contre l’excision au Mali
« L’impression d’être dans un film. »
C’est ainsi que la militante Fatoumata Koïta a décrit la situation sur les réseaux sociaux : au Mali, pendant plusieurs jours, des hommes ont mené une campagne pour dire “oui à l’excision” à travers des affiches générées par intelligence artificielle. Sur ces visuels, on pouvait voir le visage de certaines personnes (sans que leur consentement ait été clairement établi).
S’il n’y a pas eu de plainte officielle pour « utilisation abusive d’image », la campagne a déclenché une réaction immédiate. Face à l’indignation collective et aux signalements massifs sur les réseaux sociaux et auprès des autorités, les personnes responsables ont supprimé les affiches de leurs comptes. D’autres ont même suspendu leurs profils en ligne.
Une sororité régionale
Dans la foulée, un élan de sororité a envahi la sous-région. Des organisations féministes se sont mobilisées, publiant communiqués et déclarations pour condamner cette campagne pro-excision menée par des hommes.
Parmi celles qui se sont levées : La Ligue ivoirienne des droits des femmes, la Ligue béninoise des droits des femmes, le collectif des féministes du Sénégal, l’association Stop au chat noir, et d’autres voix régionales. Des personnalités aussi, comme le chanteur Mokobé, suivi par plus d’un million de personnes, ont amplifié le message.
Une mobilisation inédite portée par des femmes de toute la région, qui reconnaissent leur propre combat dans celui des Maliennes.
Des réseaux sociaux à la rue
Samedi 22 août, à l’occasion de la journée nationale de lutte contre l’excision au Mali, décrétée par les organisatrices de la campagne “non à l’excision”, des actions étaient prévues à Bamako et dans d’autres régions du pays.
pour rappel, le contexte sécuritaire au Mali est délicat. Des attaques djihadistes ravagent le pays depuis plus de dix ans. Organiser une marche, c’est prendre un risque réel. Pourtant, malgré ce danger, un rassemblement a eu lieu. Dans une salle de Bamako, des médecins, des activistes, des influenceurs et des leaders religieux se sont réunis pour réclamer une loi contre l’excision. Parmi eux, l’influenceuse malienne Awa Doumbia (connue sous le nom de Sirani sur les réseaux sociaux). Survivante elle-même, installée en Suède, elle a fait le déplacement pour l’occasion. Dans une vidéo où elle répondait á un journaliste du média allemand DW, elle s’est exprimée en ces termes : “Moi, j’ai subi l’excision. J’ai pu enfanter dans un pays où la médecine est très développée, mais je connais beaucoup de femmes qui ont souffert de problèmes inexplicables. Nous voulons nous unir et obtenir gain de cause. Nous voulons cette loi contre l’excision au Mali.” a-t-elle conclut d’une voix déterminée.
La manifestation de Paris
Le même jour, le 22 août, des centaines de femmes, notamment africaines, accompagnées de quelques hommes, se sont rassemblées à la place de la Nation à Paris. La manifestation était portée par la militante anti-racisme Assa Traoré, la collaboratrice parlementaire Khady Thiam et la militante anti-excision Bintou Kaba.
Sur les pancartes qui ont massivement circulé sur les réseaux sociaux, on peut lire « Laissons nos filles entières stop à l’excision », « les exciseuses sont des criminelles », « Non à l’excision au Mali », « Mutiler n’est pas une culture », « tous les continents sont concernés à part l’antarctique », « Côte d’Ivoire 36% des femmes sont excisées », « Bénin 9% des femmes sont excisées », « Mon clitoris n’a jamais blessé personne contrairement à vos lames », « touche pas à ma fille », « l’excision s’arrête à moi », « vous n’êtes pas obligées de transmettre ce qui vous a fait du mal », « Pas une fille de plus ».
Des vidéos émouvantes et courageuses de survivantes ont également circulé, notamment celle de la Sénégalaise Abby Gueye (@le-coeurcousu sur Instagram).
Abby a raconté son infibulation à l’âge de trois ans, en Gambie, où sa mère l’avait conduite, alors que la pratique était interdite au Sénégal. “J’ai des règles extrêmement douloureuses et je suis debout ici depuis des heures parce que je veux qu’aucune jeune fille, aucun bébé, aucun enfant ne vive ce que j’ai vécu.” a-t-elle témoigné.
Un autre témoignage : celui de Fatoumata Koita, elle aussi d’origine sénégalaise. Excisée à 16 ans lors de vacances dans son pays avec sa famille. “Je me suis réveillée un matin, on m’a prétexté une fête. C’était en fait un piège pour m’exciser.” Courageuse, Fatoumata Koita, qui multiplie les sorties et les interviews pour alerter et sensibiliser, accompagne aujourd’hui les survivantes vers la reconstruction à travers son association « Ne me mutile plus » (@associationnmmp sur Instagram).
Assa Traoré a rappelé que le combat devait continuer, en se basant sur sa propre histoire :
« Moi je n’ai pas été excisée, je ne l’ai pas subi et j’ai posé la question à ma mère, la question pourquoi ? Parce que toutes mes cousines l’étaient, et elle a dit, mon père a dit “si vous touchez à ma fille je vous tue”. je le remercie et j’aurais aimé que cette phrase soit une phrase pour tout le monde, et on fera en sorte qu’elle soit une phrase pour tout le monde, pour toutes les femmes du monde entier. »
À Dakar : Manifestation à l’ambassade du Mali
Le même jour, une manifestation plus petite mais tout aussi importante a eu lieu à Dakar, au Sénégal. Des militantes se sont rassemblées devant l’ambassade du Mali pour crier leur indignation et exiger une loi pour protéger définitivement les filles.
Pour rappel, près de 7 filles maliennes sur 10, âgées de 0 à 14 ans ont subi une forme d’excision au Mali, selon les données de l’enquête démographique et de santé de 2023-2024, repris par l’UNFPA. Tant dis que 9 femmes maliennes sur 10, agées de 15 à 49 ans, ont subi une forme de mutilation génitale féminine dans ce pays, qui a pourtant donné naissance a des pionnières de la lutte pour les droits des femmes en Afrique.

Manifestation à Dakar contre l’excision au Mali
Sur les pancartes on pouvait lire « laissez nos clitoris en paix », « une loi, une foi, un peuple », « l’excision tue », « pour une loi contre l’excision au Mali ».
Ce qui se joue maintenant
Cette mobilisation n’est pas une simple manifestation. C’est un tournant : des femmes de toute la région qui disent : nous ne tolérerons plus. Des survivantes qui sortent de l’ombre. Des mères qui refusent de transmettre la douleur. Des hommes qui reconnaissent enfin que c’est un crime.
La lutte pour une loi au Mali ne fait que commencer. Mais une chose est claire : elle ne sera pas menée seule.









