Féminicides au Sénégal : les féministes exigent des actions de l’Etat

Le 12 juillet 2026 des dizaines de femmes ont marché dans les rues de Dakar pour dénoncer les féminicides et les violences faites aux femmes et aux filles. Organisée par le collectif des féministes du Sénégal, cette mobilisation, marquée par des vêtements noirs en signe de deuil, des linceuls blancs et des pancartes portant des slogans tels que « Le patriarcat tue » ou « Trop de femmes tuées, trop de silence », visait à interpeller les autorités sur ce que les manifestantes qualifient de « silence institutionnel » face à la multiplication des violences fondées sur le genre.

Au moins 8 féminicides médiatisés ont été enregistrés au Sénégal depuis le début de l’année 2026. Les militantes féministes exigent la fin du silence et de la banalisation.

Deux féminicides en une semaine

Cette marche est intervenue dans un climat de vive émotion après que la presse ait relayé deux féminicides en l’espace de quarante-huit heures. À Médina Wandifa, dans la région de Sédhiou, une adolescente de 14 ans, en situation de handicap, aurait été tuée le 28 juin. Selon la presse sénégalaise, son beau-père est soupçonné de l’avoir frappée à mort avant que son corps ne soit enterré clandestinement. Cinq personnes, dont le principal suspect, la mère de la victime, un imam et deux laveuses mortuaires, ont été arrêtées puis déférées devant la justice.

Quelques jours plus tard, à Gourel Harane, village du département de Kanel, un bébé de 2 ans, identifiée par les initiales H. Ly, a été retrouvée morte dans la nuit du 1er au 2 juillet 2026, après avoir été enlevée alors qu’elle dormait auprès de sa mère. D’après les informations communiquées par les enquêteurs et relayées par plusieurs médias, elle aurait été victime d’un viol avant d’être tuée. Trois suspects ont été interpellés et poursuivis dans cette affaire.

Combien de féminicides faudra t-il encore ?

C’est la question que pose le mouvement féministe WAX JOTNA, qui dénonce le manque de réaction des pouvoirs publics, la faible mobilisation nationale et une couverture médiatique jugée insuffisante face à ces crimes. Deux jours avant la manifestation du 12 juillet, le mouvement publiait un communiqué pour exiger une meilleure protection des femmes et des enfants par l’Etat.

Le communiqué rappelle qu’au moins huit féminicides médiatisés ont déjà été recensés au Sénégal en moins de six mois en 2026, un rythme comparable à celui de l’année 2025. Des chiffres qui ne semblent pas alarmer les autorités

Lors de la marche du 12 juillet, la psychologue et militante féministe Aminata Libain Mbengue déclarait à ce sujet : « On ne peut pas avoir un bébé de deux ans qui a été violé et tué par trois hommes, sans avoir un communiqué du ministère de la Famille et des Solidarités. C’est un scandale ! Il faut qu’à chaque fois qu’une femme ou qu’une fille soit tuée, qu’on puisse avoir des actes forts posés par le gouvernement. Et on rappelle que c’est son devoir de protéger les femmes et les filles de ce pays. Il faut que le féminicide soit reconnu dans le code pénal. La vie des femmes ne doit plus attendre. »

Ses propos ont été rapportés par le média français RFI.

 

Traiter les féminicides comme une priorité nationale

En janvier 2026, des féministes sénégalaises avaient déjà lancé la campagne « Luy Jot Jotna » (« Trop, c’est trop ») afin d’alerter sur l’augmentation des féminicides et d’exiger une réponse politique plus ferme. Si le président Bassirou Diomaye Faye avait condamné les féminicides dans son adresse à la Nation du 31 décembre 2025, les militantes estiment désormais que les engagements annoncés ne se sont pas encore traduits par des réformes concrètes.

À travers cette marche, les féministes ont renouvelé plusieurs revendications. Elles demandent l’inscription du féminicide comme infraction spécifique dans le Code pénal, la reconnaissance du mobile de genre dans les crimes commis contre les femmes, la mise en place de politiques pénales, statistiques et préventives adaptées, ainsi que l’adoption du Code de l’enfant, attendu depuis plus de dix ans. Elles réclament également un renforcement des mécanismes de protection des femmes et des enfants, une meilleure prise en charge des victimes et une application effective des lois existantes.

Au-delà de l’émotion suscitée par les récents drames, les manifestantes ont voulu rappeler que chaque féminicide est le symptôme d’un problème structurel. Leur message est clair : les violences faites aux femmes et aux filles ne peuvent plus être traitées comme une succession de faits divers. Elles appellent l’État à faire de leur prévention, de leur documentation et de leur répression une priorité nationale.

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