Tests de féminité dans le sport : les Africaines ne sont-elles “pas assez femmes” ?

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Des examens gynécologiques humiliants des années 1960 aux tests génétiques “modernes”, l’histoire des “tests de féminité” raconte une obsession pour les corps féminins, notamment celui des Africaines.

Le 27 mars 2026, le Comité international olympique (CIO) a annoncé le retour des tests génétiques de féminité pour les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Une décision qui relance le débat autour du sport féminin, notamment en ce qui concerne les athlètes du Sud global.

Derrière cette mesure, une question revient depuis des décennies : qui décide de ce qu’est “une vraie femme” et selon quels critères ?

Des contrôles humiliants imposés aux sportives

Les tests de féminité apparaissent officiellement dans les compétitions internationales au milieu du XXe siècle. À l’origine, les grandes fédérations occidentales disent vouloir empêcher des hommes de concourir frauduleusement dans les épreuves féminines.

Mais rapidement, ces contrôles dépassent la simple lutte contre la fraude. Certaines athlètes deviennent suspectes à cause de leur apparence physique différente des standards classiques de féminité imposés par la société : musculature jugée trop développée, voix grave ou domination sportive considérée comme “anormale”.

Dans les années 1960 et 1970, plusieurs sportives subissent des examens gynécologiques humiliants, puis des tests chromosomiques et hormonaux invasifs. Beaucoup décriront plus tard ces procédures comme profondément traumatisantes.

Dans un rapport publié en 2020, Human Rights Watch a documenté ces pratiques et appelé à l’arrêt des tests de féminité dans le sport, dénonçant des interventions invasives et portant atteinte à la dignité des sportives.

Caster Semenya, symbole mondial de la controverse

La coureuse sud-africaine Caster Semeyna poursuit son combat contre les règles d'éligibilité fondées sur le sexe et dénonce le manque de leadership de World Athletics.

La coureuse sud-africaine Caster Semeyna poursuit son combat contre les règles d’éligibilité fondées sur le sexe et dénonce le manque de leadership de World Athletics.

En 2009, à seulement 18 ans, Caster Semenya écrase la finale du 800 mètres aux championnats du monde de Berlin. Sa domination est spectaculaire. Quelques heures après sa victoire, des médias internationaux révèlent qu’elle fait déjà l’objet de tests de genre.

Son apparence physique est disséquée publiquement et sa féminité remise en question dans le monde entier. Dans son pays d’origine, en Afrique du Sud, l’affaire suscite l’indignation.

Plus tard on saura que Caster Semenya présente une variation naturelle du développement sexuel associée à un taux élevé de testostérone. La fédération World Athletics estime alors que cette caractéristique lui procure un avantage injuste dans certaines courses féminines. Elle lui impose de réduire médicalement sa testostérone pour continuer à concourir.

Semenya refuse. Pour elle, son corps est naturel et elle n’a jamais triché. Elle considère qu’on lui demande de modifier chimiquement son identité biologique afin de correspondre à une définition étroite de la féminité.

Depuis plus de quinze ans, son combat est devenu le symbole d’un système sportif qui tolère difficilement les femmes dont le corps ne correspond pas aux standards occidentaux.

Christine Mboma et Beatrice Masilingi exclues du 400 mètres

En 2021, les Namibiennes Christine Mboma et Beatrice Masilingi deviennent à leur tour le visage d’une controverse similaire.

Christine Mboma et Beatrice Masilingi impressionnent la planète athlétisme sur 400 mètres. Leur puissance et leur vitesse font d’elles les nouvelles grandes promesses africaines.

Mais quelques semaines avant les Jeux olympiques de Tokyo, les deux, alors âgées de 18 ans, sont brutalement déclarées inéligibles pour le 400 mètres à cause des nouvelles règles hormonales imposées par World Athletics.

Elles ne sont accusées ni de dopage ni de fraude. Pourtant, elles ne peuvent plus participer à leur spécialité. La fédération les autorise seulement à courir sur d’autres distances, notamment le 200 mètres.

Le cas Imane Khelif ou quand l’histoire se répète inlassablement

Plus récemment, lors des Jeux olympiques de Paris 2024, une autre athlète africaine devient à son tour la cible de spéculations : la boxeuse algérienne Imane Khelif.

Quelques mois avant les Jeux, elle avait été exclue des championnats du monde organisés par l’International Boxing Association (IBA) après des tests d’éligibilité controversés, dont les résultats précis n’ont jamais été rendus publics.

Le Comité international olympique décide finalement de l’autoriser à participer aux Jeux de Paris.

Après un combat expéditif contre l’Italienne Angela Carini, des rumeurs sur sa supposée transidentité se propagent rapidement, alimentées notamment par le milliardaire et misogyne Elon Musk, Donald Trump, alors candidat à la présidentielle aux Etats-Unis, et l’écrivaine britannique J.K. Rowling.

Depuis son village de Bibane Mesbah, à plus de 300 kilomètres d’Alger, son père a été contraint de publier des images d’elle enfant afin de prouver que Imane est née fille. Malgré que la polèmique l’ait affectée, Imane Khelif a remporté la médaille d’or dans la catégorie des moins de 66 kilos, à 25 ans. La championne olympique a par la suite porté plainte contre X pour le harcèlement qu’elle a subit.

Imane Khelif présente sa médaille d’or remportée malgré le harcèlement tout au long de la compétition.

Des règles qui visent surtout des femmes africaines

Aujourd’hui, de nombreux rapports démontrent que les contrôles de féminité dans le sport touchent de manière disproportionnée les athlètes africaines, et les sportives du Sud global (à l’instar de l’Indienne Dutee Chand).

Ils rappellent que les standards historiques de féminité dans le sport ont longtemps été construits autour de normes occidentales valorisant les corps fins, et une apparence jugée plus “féminine”

À l’inverse, les sportives noires, puissantes et athlétiques sont souvent jugées “trop masculines”.

Les fédérations sportives rejettent ces accusations. Elles affirment que leurs règlements cherchent uniquement à préserver l’équité des compétitions féminines face à certains avantages biologiques.

Le retour des tests génétiques en 2028

Aujourd’hui, plusieurs fédérations internationales souhaitent introduire des tests génétiques encore plus stricts, notamment autour du gène SRY lié au chromosome Y. L’annonce du Comité international olympique (CIO) en mars dernier a été accueilli comme un coup de massue.

Ces tests avaient pourtant été abandonnés en 1999 après de nombreuses critiques scientifiques et éthiques.

Plusieurs pays et organisations de défense des droits humains dénoncent aujourd’hui un “retour en arrière”, estimant que ces mesures posent de graves questions sur le respect de la vie privée, la discrimination et la place des femmes dans le sport de haut niveau.

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