
Comme chaque année entre août et septembre, des dizaines de milliers de jeunes filles ont dansé, lundi 31 août, devant le roi Mswati III à Ludzidzini. C’est le jour principal de l’umhlanga, la danse des roseaux, le plus grand rassemblement culturel d’Eswatini, dernière monarchie absolue d’Afrique.

Les seins nus et munies d’une tige de roseau, des milliers de jeunes filles ont dansé, lundi 31 août, devant le roi Mswati III qui dirige ce pays de moins d’1,5 million d’habitants depuis exactement 40 ans.
Célébrer la “virginité” des filles
La cérémonie dure huit jours. Des milliers de jeunes filles convergent de tout le pays vers le palais royal de Ludzidzini. Pendant les premiers jours, les filles vont couper des roseaux qu’elles lient en fagots pour les ramener à la Reine Mère, l’Indlovukazi, dont les roseaux sont censés renforcer la concession.
Le septième jour, le jour principal, elles dansent en procession devant le roi Mswati III, seins nus, vêtues de jupes courtes en perles traditionnelles et munies de leur roseau. La journée est fériée en Eswatini.
La cérémonie rassemble souvent jusqu’à 40 000 participantes, venues d’Eswatini et de la diaspora swazi. Ses trois objectifs officiels : préserver la chasteté des jeunes filles, rendre un service à la Reine Mère, et renforcer la solidarité entre les participantes,
Seules les vierges, c’est à dire des jeunes filles entre 5 et 22 ans, non mariées et sans enfants, peuvent participer.
Mswati III, 58 ans et au pouvoir depuis 40, peut, selon la tradition, choisir une nouvelle épouse parmi les participantes. Polygame et gourmand il en a déjà quinze, toutes plus jeunes les unes que les autres.
Tradition ou prétexte ?
La cérémonie est issue de l’umcwasho, une ancienne coutume qui interdisait aux filles non mariées d’avoir des relations sexuelles. Celles qui violaient la règle et tombaient enceintes avant le mariage exposaient leur famille à une amende, souvent une vache au chef local. Lorsqu’elles atteignaient ensuite l’âge nubile, elles effectuaient des travaux forcés pour la Reine Mère, travaux qui se terminaient par une danse. L’umcwasho a officiellement pris fin en 2005.
Parmi les choses qui ont disparu, les tests de virginité autrefois pratiqués sur les participantes. Celles-ci devaient prouver leur chasteté par des critères physiques précis : peau ferme, absence de vergétures (associés à une grossesse passée) et seins pointés vers 15heures.
Dans sa communication, le gouvernement d’Eswatini (pays des Swazis, en langue swati), présente l’umhlanga comme “une célébration de l’identité, des valeurs et des traditions” du Royaume d’Eswatini. Les militantes des droits des femmes dénoncent toutefois depuis de nombreuses années le fait que cette danse réduise les participantes à des objets de désir pour le plaisir d’un seul homme, sous le prétexte des tradition.
Certaines participantes défendent la cérémonie comme un espace de solidarité entre femmes et d’identité culturelle. Un argument qui mérite d’être entendu. Mais il bute sur un fait difficile à contourner : parmi les danseuses se trouvent des enfants souvent à partir de cinq ans. Leur faire célébrer leur virginité devant un roi polygame, qui peut les prendre pour femme s’il le souhaite, dépasse la question du respect des traditions. C’est une question de protection de l’enfance.









