Tivaouane : Ndèye Bigué Sène, élève candidate au baccalauréat poignardée par un faux marabout au Sénégal

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Le 22 août 2026, vers 14 heures, le corps sans vie d’une jeune fille a été découvert dans une zone broussailleuse du quartier Seico, à Tivaouane, dans la région de Thiès. La victime, une élève candidate au baccalauréat identifiée comme Ndèye Bigué Sène, présentait plusieurs traces de violences et aurait reçu quatre coups de « naw-naw », un poignard traditionnel redoutable.

Il s’agit du neuvième féminicide recensé au Sénégal depuis janvier 2026

Le suspect interpellé, B. Ndiaye, ancien pêcheur reconverti en « marabout » ou charlatan, avait été mis en relation avec la jeune fille dans le cadre de prières censées l’aider à obtenir son diplôme, qu’elle avait finalement raté. Les deux étaient restés en contact. Le jour même du meurtre, l’homme aurait appelé la mère de la victime pour prendre de ses nouvelles, un élément qui a orienté les enquêteurs vers lui. Il a d’abord nié les faits, affirmant avoir eu son dernier échange téléphonique avec la victime la veille au soir, avant de passer aux aveux. Le crime, qualifié de meurtre avec préméditation, a suscité une vive émotion dans la cité religieuse de Tivaouane.

“Nous ne voulons plus compter nos mortes”

C’est le message qu’on peut lire sur le visuel accompagnant le post d’annonce du collectif des féministe du Sénégal qui se demande si “c’est la vie que veulent les autorités pour les femmes”.

Ce meurtre porte à neuf, selon le décompte publié du collectif, le nombre de féminicides recensés au Sénégal depuis le début de l’année 2026. Pas plus tard qu’en juillet 2026, c’est-à-dire quelques semaines plus tôt, 2 féminicides avaient été déclarés entre le 9 juillet le 10 juillet : une adolescente de 14 ans en situation de hadicap et une enfant de 2 ans, violée et tuée par trois hommes, selon les détails relayés dans la presse locale. Ce pic avait déjà déclenché la colère des organisations féministes qui ont organisé, le 13 juillet, un rassemblement à Dakar pour interpeller les autorités.

Une hécatombe qui dépasse la seule année 2026

Le décompte de 2026 s’inscrit dans la continuité des années précédentes. En 2025, une centaine de militantes engagées dans une vingtaine d’organisations avaient recensé, dans une tribune publiée en décembre, au moins dix-sept féminicides sur l’année écoulée, tout en soulignant que l’immense majorité des cas échappe encore aux statistiques officielles, faute de reconnaissance légale du terme. Parmi les cas cités : Bintou Gueye, abattue par balle par son mari le 20 décembre 2025 en banlieue de Dakar, ou encore Mariama Ba, tuée à coups de hache par son époux en Casamance pour un repas servi en retard.

Le Front pour une Révolution Anti-impérialiste, Populaire et Panafricaine (FRAPP) a de son côté qualifié ce phénomène de structurel plutôt que de succession de faits divers isolés, pointant les défaillances d’un cadre social, juridique et politique jugé incapable de protéger effectivement les femmes.

Lors du rassemblement de juillet à Dakar, les manifestant.e.s avaient interpellé directement l’Etat sénégalais. Elles avaient rappelé qu’au soir du 31 décembre 2025, le président Bassirou Diomaye Faye avait promis, lors de son adresse à la Nation, de prendre des mesures pour endiguer les féminicides. Engagement resté, selon elles, sans suite concrète.

Ce que demandent les organisations féministes

Leur revendication centrale : que le féminicide soit reconnu comme catégorie juridique à part entière dans le code pénal sénégalais, plutôt que d’être traité au cas par cas comme un fait divers ou une simple circonstance aggravante d’homicide. Elles demandent également :

• Une réforme du Code de la famille de 1972

• Une réaction systématique de l’État face aux féminicides

• Des mécanismes de prévention et de protection effectifs pour toutes les femmes et les filles

En juillet, les manifestant.e.s ont annoncé leur intention de redescendre dans la rue à chaque nouveau féminicide, jusqu’à obtenir une réponse institutionnelle à la hauteur du phénomène. Le meurtre de Ndèye Bigué Sène pourrait bien en être la prochaine occasion.

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