Excision et circoncision : Non, ce n’est pas la même chose – Tribune

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Au Mali, où 89 % des femmes ont subi une forme de mutilation génitale féminine, le débat sur ces pratiques a refait surface avec une intensité inédite.

Entretien avec Ornela Dzeuffo, infirmière camerounaise pour comprendre la différence entre l’excision et la circoncision.

En l’espace de quelques semaines, une journée nationale de lutte contre l’excision a été décrétée le 22 août, une pétition réclamant l’adoption d’une loi spécifique a recueilli plus de 11 000 signatures, et des rassemblements ont eu lieu à Bamako, à Paris et à Dakar. La mobilisation a dépassé les frontières du pays, portée par des activistes, des personnalités publiques et des membres de la diaspora.

Dans le même temps, des voix pro-excision ont émergé. Leur argument principal : la pratique préserverait la virginité des jeunes filles jusqu’au mariage et protégerait les “bonnes mœurs”. Un second argument, plus sournois et qui revient de de plus en plus, consiste à comparer l’excision à la circoncision masculine pour la normaliser. Mais que disent la médécine et la santé publique ? Nous vous proposons des éléments de réponse dans cet entretien avec Ornela Dzeufo, infirmière camerounaise basée en Allemagne.

LMFA : Bonsoir Ornela, nous sommes là pour parler du sujet de l’excision, mais avant tout, est-ce que vous pouvez vous présenter dans les termes qui vous conviennent?

Ornela : Bonsoir. Moi c’est Dzeuffo Sob Onela, épouse Tezokeng, infirmière diplômée d’État au Cameroun. Maman, également, et femme au foyer.

LMFA : Merci. Donc comme je disais tout à l’heure, nous parlons en ce moment de l’excision parce que c’est un sujet d’actualité au Mali, où on a une campagne d’organisations de la société civile qui se battent afin de mettre fin à cette pratique et notamment pour obtenir une loi criminalisant cette pratique. Et dans les nombreuses réactions en ligne, il y a le discours qui revient souvent de dire qu’il n’y a pas de ma à l’excision vu qu’au final c’est comme la ciconcision. En tant que professionnelle de santé, que répondez-vous à cela ?

Ornela : C’est très très différent. L’excision et la circoncision, sont deux choses très différentes. C’est vrai que dans la globalité, on pourrait dire l’excision, comme la circoncision, consistent à retirer une partie au niveau de l’appareil génital, que ce soit chez l’homme ou chez la femme.

Vu comme ça on pourrait penser que ça renvoit à la même chose, mais en agissant sur le corps de l’homme ou de la femme, c’est très, très différent. L’excision consiste chez la femme à enlever une partie de son clitoris et une partie très, très sensuelle de la femme, qui amène la femme, généralement lors des rapports sexuels, à ressentir du plaisir pendant les rapports.

Et cette partie, une fois enlevée, fait en sorte que la femme, pendant les rapports, ne peut rien ressentir comme plaisir.

Par contre, la circoncision consiste à enlever [la peau du, ndlr] gland du pénis chez l’homme. C’est-à-dire rendre le pénis plus beau en fait, parce que ça ne change rien sur la sexualité de l’homme à l’âge adulte. Il ressent son même plaisir, contrairement à l’excision chez la femme qui change carrément tout.

LMFA : Et est-ce qu’on peut dire que la circoncision est une mutilation génitale aussi?

Ornela : Dire que la circoncision est une mutilation génitale, non je ne pense pas, parce qu’après ça rend le sexe très beau, donc il n’y a pas de dégâts là-bas, ni quoi que ce soit.

Au contraire, ça aide même l’homme car ça limite certaines infections. Ça limite certaines infections chez l’homme parce que la peau est là juste pour encombrer.

Par exemple, ici en Occident, certains hommes qui se retrouvent dans des maisons de retraite ont ce problème parce qu’ils ne se nettoient plus tellement pendant la vieillesse.

Du coup, cette peau là accumule des déchets qui peuvent causer des infections chez ces personnes âgées.

La circoncision n’est pas médicalement nécessaire dans tous les cas. Ses risques et bénéfices dépendent de l’âge, du contexte et du cadre médical. Des débats sur son interdiction existent dans certains pays à cause notamment du droit fondamental à l’enfant à son intégrité physique.

LMFA : Donc, si je vous comprend bien, il y a plutôt des avantages à la circoncision, alors que pour l’excision, c’est plutôt des conséquences. Ou est-ce qu’il y aussi ne serait-ce qu’un seul avantage à l’excision?

Ornela : Des avantages à l’excision, vraiment, il n’y en a pas. Il n’y en a vraiment pas parce que le fait déjà qu’une femme ne puisse pas ressentir le plaisir pendant les rapports sexuels, moi je ne vois même pas ce qui peut avantager la femme à ce niveau honnêtement. Il n’y a que des aspects négatifs [douleurs, infections, traumatisme, complications pendant l’accouchement, mort, ndlr].

Je parlerais même d’une punition parce qu’il n’y a rien de plus beau pour une femme qui entretient des rapports avec son homme de ressentir du plaisir. Quand on sait ce que représente le clitoris et qu’on enlève une partie, honnêtement ce n’est pas gentil.

LMFA : Certaines personnes répondent que l’excision n’est un problème que quand c’est pratiqué dans des conditions non hygiéniques et que si c’était pratiqué dans un cadre médical, ce serait plus acceptable. Est-ce que le corps médical, aujourd’hui, sachant qu’il n’y a pas d’avantage à l’excision, comme vous venez de le dire, devrait accompagner les pratiques d’excision ou même de mutilation génitale féminine, car on sait que l’excision n’est qu’une forme de mutilation génitale féminine et qu’il y en a d’autres. Donc est-ce que le corps médical aujourd’hui devrait accepter d’accompagner, d’exciser des filles en sachant qu’il n’y a pas de bénéfice médical prouvé?

Image montrant les différents types de MGF

Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent une violation grave des droits fondamentaux des femmes et des filles. Elles ne comportent AUCUN bénéfice médical prouvé et doivent être bannies.

Ornela : Non, non, non, non. Le corps médical ne peut pas accompagner cet acte. Au contraire, cette pratique a été bannie et est en train d’être totalement exclue même. Parce que ça n’apporte rien à la femme, rien, rien, rien.

LMFA : Comment comprendre alors que dans certains cas, cela soit pratiqué par le personnel médical. Est-ce qu’il y aurait une erreur quelque part dans la formation des médecins et des infirmiers peut-être ? Une mauvaise compréhension de la pratique ?

Ornela : Justement, parce que déjà pendant notre formation, on nous a parlé de ça, on nous a briefé en nous faisant comprendre que cette pratique était déjà totalement exclue. Donc si maintenant il y a certains médecins ou bien certains infirmiers qui le font en cachette, honnêtement, je ne peux pas dire que ça soit un acte qui est autorisé. L’excision n’est pas autorisée par la loi [au Cameroun, ndlr] et je ne sais pas pourquoi c’est encore pratiqué. Généralement, on nous faisait savoir aussi pendant les cours qu’on pouvait pratiquer cet acte par exemple sur une femme qui a fait beaucoup d’enfants et qui n’arrive pas à stopper parce qu’elle aime beaucoup le sexe. On lui enlève donc justement cette partie sensible du clitoris qui l’amène à ressentir du plaisir. Dans ce cas l’acte peut être pratiqué par des personnels de santé.

LMFA : Mais dans ce cas, c’est avec le consentement de la patiente ?

 

Ornela : Généralement, avec le consentement de la patiente, mais la plupart des fois, même si elle n’est pas très très d’accord, si son mari signe le consentement, on va le faire. Parfois la patiente n’est pas d’accord parce qu’elle veut ressentir du plaisir et c’est ainsi contracte de nombreuses grossesses, du coup, on cherche le moyen nécessaire pour stopper les naissances.

 

LMFA : J’ai du mal à comprendre. Pourquoi dans ces cas on ne pas lui propose pas plutôt un planning familial ? Je veux dire, c’est vrai qu’une femme excisée, selon les témoignages, ressent beaucoup moins de plaisir qu’une femme non excisée. Mais le clitoris a aussi une partie interne et pendant la pénétration, une femme excisée peut quand même ressentir une forme de plaisir. L’excision n’empêche donc pas totalement le plaisir, même s’il le diminue considérablement, non ?

 

Ornela : On peut dire en grande partie que ça empêche. Parce que c’est une partie sensible qu’on enlève honnêtement, dont la plupart de femmes ne ressentent plus. Par exemple, j’ai vu un documentaire récemment, où des femmes excisées au Burkina Faso souffraient d’excision. On a dû faire venir un médecin de la France pour leur réparer le clitoris et c’est une opération qui n’est pas facile. Déjà parce que c’est coûteux pour la plupart de ces femmes et ensuite c’est lourd à porter [psychologiquement, ndlr] et je me demande même si ça peut encore être intact après la chirurgie.

Dzeuffo Sob Ornela, infirmière camerounaise

LMFA : On arrive bientôt à la fin de l’interview. Si les personnes qui nous lisent ou nous écoutent ne devaient retenir qu’une seule chose de cet entretien que voudriez-vous que ce soit ?

Ornela : S’il y a une chose que les personnes doivent retenir, c’est que l’excision consiste à enlever le gland du clitoris qui est une partie très très importante chez la femme et qui bloque le plaisir chez la femme. C’est un acte vraiment pas bien, parce que ça amène la femme à être juste celle qui porte des enfants, sans toutefois reconnaître sa partie femme, c’est-à-dire le plaisir qu’elle doit connaître.

Alors que la circoncision chez l’homme c’est pour la beauté de son pénis et qui ne change absolument rien sur le plaisir qu’il peut ressentir dans son âge adulte, lors des rapports sexuels et autres.

Ce sont deux choses très différentes. Et pratiquer l’excision, c’est une mutilation génitale pas vraiment catholique en fait.

LMFA : Merci beaucoup !

Ornela : Merci aussi !

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