
Au Sénégal, Serigne Khadim Mbacké, maître coranique établi à Touba Keur Gol, a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour viols et actes pédophiles sur 28 fillettes.

Au Sénégal, Serigne Khadim Mbacké, maître coranique établi à Touba Keur Gol, a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour viols et actes pédophiles sur 28 fillettes.
Le lundi 8 juin 2026, la chambre criminelle du tribunal de grande instance de Diourbel a rendu un verdict historique au Sénégal. Serigne Khadim Mbacké, maître coranique établi à Touba Keur Gol, a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour viols et actes pédophiles commis sur 28 fillettes, dont 27 de ses propres élèves.
Un verdict historique
Les faits remontent à 2023. 28 mineures, âgées de 6 à 16 ans, accusent leur maître coranique, Serigne Khadim Mbacké, d’attouchement sexuels et de viols. Rapidement, l’affaire enflamme les réseaux et se répand dans tout le Sénégal et au délà, suscitant choc et indignation. Trois ans de procédure, de témoignages déchirants et un accusé qui n’a cessé de nier les faits en invoquant un complot. Malgré la longue attente, la condamnation a été prononcée, une grande première dans un Sénégal où, en temps normal, c’est plutôt l’impunité qui est la régle.
Ce verdict est historique, car il relance le débat sur le contrôle des structures d’enseignement religieux et la protection des mineurs au sein des daaras. Par ailleurs, il s’agit de l’une des plus importantes affaires de violences sexuelles impliquant un maître coranique au Sénégal.
Une loi qui existe. Des accusés rarement inquiétés
Le 30 décembre 2019, l’Assemblée nationale sénégalaise adopte à l’unanimité la loi n°2020-05 du 10 janvier 2020 criminalisant intégralement les actes de viol et la pédophilie. Celle-ci est ensuite promulguée le 10 janvier 2020 par l’ex-président Macky Sall en présence de 35 organisations de la société civile. Avant celà, le viol était considéré comme un simple délit passible de cinq à dix ans de prison.
Depuis l’adoption de la loi, les auteurs de viol et d’actes pédophiles sont jugés par la Chambre criminelle et risquent une peine allant jusqu’à la réclusion à perpétuité.
Six ans plus tard, le bilan reste accablant. Le 10 avril dernier, Yassine Fall, alors ministre de la Justice, révélait, lors d’une journée de réflexion sur l’application de la loi, que 1 710 victimes de viol et/ou de pédophilie ont été recensées entre 2020 et 2024, dont 957 mineur.e.s — parmi lesquels 342 enfants de moins de 13 ans, soit plus d’un tiers. Des chiffres officiels, donc largement en deçà de la réalité. Et face à ces milliers de cas recensés, les condamnations se comptent au bout des doigts.
C’est précisément ce fossé entre la loi et son application qui rend le verdict du 8 juin significatif. Pour plusieurs observateurs, cette décision constitue un signal fort envoyé contre l’impunité dans les affaires de violences sexuelles impliquant des enfants.
Le cas de Serigne Khadim Mbacké pourra t-il servir d’exemple ?
L’affaire Sonko — Adji Sarr s’impose ici comme un contre-exemple illustratif de comment les scandales de violences sexuelles impliquant des personnalités influentes sont traitées au Sénégal. En février 2021, Adji Sarr, employée d’un salon de massage à Dakar, portait plainte contre Ousmane Sonko, alors figure de proue de l’opposition sénégalaise, pour viols répétés entre novembre 2020 et février 2021.
La jeune femme, qui était âgée de 19 ans au moment des faits reprochés à M. Sonko, 46 ans au même moment, se retrouvait ainsi à défier LA personnalité politique la plus en vue du pays à cette époque.
Ce qui aurait pu devenir une affaire de justice est devenu une crise politique. Le dossier a été entièrement absorbé par l’agenda de la présidentielle de 2024, trop politisé pour laisser place à Adji Sarr comme figure d’un combat contre les violences faites aux femmes. Des féministes sénégalaises ont dénoncé cette dérive, estimant que l’affaire avait raté une occasion rare de faire avancer les droits des victimes de violences sexuelles.
Le traitement judiciaire de l’affaire a suivi la même logique. Ousmane Sonko, aujourd’hui président de lAssemblée nationale après avoir été demis de ses fonctions de Premier ministre du Sénégal, a été acquitté des charges de viol. Il a été condamné à deux ans de prison ferme pour “corruption de la jeunesse”, une qualification introduite en substitution à l’audience, ainsi qu’à 20 millions de francs CFA de dommages et intérêts. On rappelle qu’Ousmane Sonko a été libéré de prison avant la fin de sa peine, car il avait bénéficié d’une amnistie en mars 2024.
Pendant ce temps, M. Sonko lui-même donnait le ton de la culture du viol ambiante. Dans une vidéo diffusée pendant le procès, il avait déclaré : “Si je voulais violer, j’allais choisir une belle femme mais pas une guenon qui a un AVC.” Des propos scandaleux, aussitôt dénoncés par une cinquantaine de personnalités sénégalaises dans une lettre ouverte transmise aux médias : “Ces propos viennent renforcer et normaliser la culture du viol et sont indignes d’un homme qui aspire à la plus haute fonction dans notre pays.”
La condamnation de Serigne Khadim Mbacké démontre que la justice sénégalaise peut fonctionner (même si un appel reste possible). Ce verdict doit être reçu pour ce qu’il est : une victoire pour 28 fillettes et leurs proches, et une lueur d’espoir pour toutes celles qui sont dans des situations similaires.









