Cancer du sein : “la sensibilisation ne doit pas s’arrêter au mois d’octobre”, Pr Judith N’sondé Malanda

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Le cancer du sein offre de meilleures perspectives de guérison s’il est détecté et pris en charge à un stade précoce. Pourtant, la peur du diagnostic et certaines croyances retardent encore la consultation de nombreuses femmes.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent et la première cause de décès par cancer chez les femmes à l’échelle mondiale. (c) : magnific, image libre de droit, image d’illustration.

Face aux consultations tardives, la cancérologue Pr Judith N’Sondé Malanda, cheffe du service de cancérologie au CHU de Brazzaville et directrice du programme national de lutte contre le cancer au Congo, plaide pour une sensibilisation continue et une meilleure prise en charge des femmes. À l’occasion du mois d’octobre rose, elle revient sur les facteurs de risque, les freins à la consultation et l’importance, malgré tout, d’une détection précoce.

 

Si vous préférez écouter intégralement l’entretien avec la professeur Judith N’Sondé Malanda, cliquez sur le petit triangle à gauche sur cette piste audio.

 

LMFA : A partir de quel âge et selon quel facteur de risque une femme est exposée au cancer du sein ?

Pr Judith N’Sondé Malanda : Ça dépend des facteurs de risque, de l’âge et de l’environnement. Quand tu as déjà eu une histoire familiale de cancer du sein, tu es un sujet à risque.

Le cancer du sein est aussi héréditaire. Et là, le cancer peut survenir (ndlr) avant 40 ans.

Nous avons les facteurs qui sont liés à l’individu, qui sont internes, et les facteurs externes, qui sont liés à notre environnement. Les facteurs qui sont internes à l’individu,  ne sont pas généralement modifiables. Par exemple, l’hérédité.  Il y a aussi la dépression immunitaire et la perturbation hormonale. Ce sont les causes qui sont internes à l’individu.

Les causes liées à l’environnement, sont les facteurs externes dans le milieu où nous vivons. Nous avons les infections. Il y a les facteurs physiques, comme les rayonnements, les facteurs chimiques, comme l’alcoolisme, le tabagisme, notre alimentation, l’absence d’activité physique, l’obésité, le stress etc. Tous ces facteurs réunis sont en général responsables du cancer.

Les facteurs externes sont parfois modifiables.  C’est-à-dire, si la personne décide de ne plus fumer, ou de ne plus prendre de l’alcool, ou de se faire soigner correctement de ses infections, ou d’avoir une alimentation saine, une hygiène de vie saine. On peut s’améliorer et repousser au plus possible l’apparition des cancers du sein.

 

LMFA : Et dans votre pratique médicale, à quel stade les femmes atteintes d’un cancer du sein arrivent-elles généralement en consultation ?

Pr Judith N’Sondé Malanda : Près de 75% des malades viennent à un stade avancé, c’est-à-dire au stade 3 et au stade 4,  au stade métastatique, où les chances de survie sont quasi nulles. Maintenant, celles qui viennent au stade 1 et 2 ne sont vraiment pas nombreuses, 5 à 10%. Donc, aujourd’hui, c’est ça la bataille. Il faut essayer de renverser la tendance, qu’il y ait plus de femmes qui viennent au stade 1 ou au stade 2, mais pas au stade 3 ou au stade 4 où on est totalement désarmé.

 

LMFA : Et justement, vous pensez que les campagnes de sensibilisation comme Octobre Rose permettent de faire progresser le dépistage précoce?

Pr Judith N’Sondé Malanda : Bon, vous savez, c’est vrai qu’il y a le mois Octobre Rose où on doit intensifier la sensibilisation. L’objectif, en réalité, c’est ça, c’est renverser la tendance, que les dames soient reçues à la première consultation au stade précoce.  Notre souhait est que tout le monde sache qu’il y a cette maladie  et qu’elle n’est pas mystique. Parce que celles qui viennent au stade 3 ou au stade 4, ont passé leur temps chez les féticheurs, dans les combats spirituels, en ignorant qu’il faut aller à l’hôpital.

Donc sensibiliser la population, être informé, oui ! Et prendre en charge aussi les malades, est un aspect très important. Parce qu’il y a certains des malades qui croupissent dans les maisons, qui ont sûrement peur du diagnostic, qui n’ont pas d’argent pour se faire soigner, et préfèrent attendre la mort à la maison. ça c’est très fréquent dans nos pays. La sensibilisation ne doit pas s’arrêter au mois d’octobre. Elle doit aller du premier jour de l’année au 31 décembre. On continue à sensibiliser et on intensifie pendant octobre rose.

 

LMFA : Vous allez souvent dans les églises et les mairies avec des survivantes pour la sensibilisation. Est-ce que ce format fonctionne mieux qu’une campagne classique de sensibilisation?

Pr Judith N’Sondé Malanda : Les gens pensent que le cancer est une fatalité. À ce jour, on est au 21e siècle, le cancer n’est pas forcément une fatalité. Quand je suis avec les dames de l’association des anciens malades, elles soutiennent psychologiquement les nouveaux malades. Et quand elles voient qu’il y a des femmes qui ont été traitées de cancer du sein très jeunes et qui ont eu même des enfants après le traitement du cancer du sein, ça les rassure. L’objectif de ces sorties est de prouver que le cancer n’est pas forcément une fatalité en soi et qu’on peut guérir de sa maladie et avoir une vie normale. Donc c’est pour convaincre les gens qu’on peut guérir aussi du cancer.

Voilà pourquoi des fois, les dames des associations sont avec moi. Quand j’ai des activités, elles sont là pour mettre en confiance les personnes qui pensent que le cancer du sein est égal à la mort.

 

LMFA : Certaines femmes hésitent à consulter par peur du diagnostic ou en raison de croyances qui entourent la maladie. Quels conseils avez-vous à leur donner?

Pr Judith N’Sondé Malanda : La peur tue, c’est ce que je dis toujours. Quand tu as peur, ça veut dire que tu vas vite partir à la tombe. Mais si tu décides d’aller à l’hôpital, prendre le traitement tel que prévu, les choses peuvent aller.

C’est pourquoi j’utilise la méthode où je vais sensibiliser ici et là avec les anciennes malades, c’est pour essayer d’enlever cette peur. Il y’a également  un psychologue qui m’accompagne .

À la fin, on fait une psychothérapie du groupe pour que les gens soient moins stressés et ne partent pas dans tous les sens. Je pense que ce n’est pas bien d’avoir peur parce que la peur tue.

Mais si tu as le courage d’aller, d’affronter, de batailler contre cette maladie, je pense que c’est la meilleure attitude que d’avoir peur.

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