“Charte africaine sur la famille” : ce que dit le texte — et pourquoi les féministes le rejettent

Du 3 au 6 juin 2026, le Parlement du Ghana a accueilli à Accra la 4ème Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs.

Du 3 au 6 juin 2026, le Parlement du Ghana a accueilli à Accra la 4ème Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs. Au cœur de l’ordre du jour : la discussion et l’adoption d’une proposition de Charte africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs, que ses promoteurs espèrent soumettre à l’Union africaine.

Mais derrière le langage en apparence panafricain de ce document, se cache une attaque directe contre les droits fondamentaux des femmes et des personnes LGBTQ+. Décryptage.

Ce que dit la charte — concrètement

Présentée comme une réponse collective des gouvernements africains aux “ingérences étrangères”, la Charte africaine sur la protection des “valeurs familiales” est un document de 32 pages qui mérite une lecture éclairée :

  • Sur la famille : le texte proposé définit strictement la famille comme “l’union d’un homme et d’une femme et de leurs enfants biologiques ou adoptés”. Toute autre configuration (famille monoparentale, famille sans enfant, famille homoparentale ou même famille polygamique – qui reste une réalité dans plusieurs pays africains) n’est pas reconnue.
  • Sur le genre : la charte rejette explicitement ce qu’elle appelle “l’idéologie du genre”, définie comme toute théorie séparant le genre du sexe biologique. Elle affirme que “le genre dans le contexte africain est uniquement masculin ou féminin” et appelle les États à rejeter tout accord international qui inclurait des références à l’identité de genre.
  • Sur les droits LGBTQ+ : la charte appelle les États à exclure de tout accord ou politique toute référence à “l’orientation sexuelle et à l’identité de genre” (SOGI), présentées comme contraires aux “valeurs africaines”.
  • Sur la santé sexuelle et reproductive: le texte qualifie le cadre international de Droits et Santé Sexuels et Reproductifs (DSSR) de “menace existentielle pour la famille africaine”, rejette le droit à l’avortement, s’oppose à l’éducation sexuelle  dans les écoles, et invite les États à se retirer de tout traité international incluant ces notions.
  • Sur la souveraineté : il invite les États africains à se retirer de tout traité international qui inclurait des dispositions sur les droits reproductifs, l’identité de genre ou les droits LGBTQ+, et à résister aux pressions des bailleurs de fonds étrangers.

Pourquoi les féministes africaines s’opposent à la charte

Depuis l’évocation de ce document, des organisations de droits humains et de la société civile n’ont cessé d’alerter que la charte proposée menace les droits des femmes et des filles, les protections en matière de santé et droits sexuels et reproductifs, les droits LGBTQ+, ainsi que les cadres africains existants de droits humains — dont le Protocole de Maputo.

Les féministes africaines ne s’opposent pas à la souveraineté africaine — elles en sont les premières défenseures, à travers des approches décoloniales assumées. Ce qu’elles refusent, c’est que ce mot soit utilisé pour priver les femmes et les filles de leurs droits.

Elles rejettent un document qui protège le patriarcat, pas la famille. Des projets de réforme du droit de la famille qui auraient accordé aux femmes des droits égaux en matière de mariage, de divorce et de garde d’enfants sont restés bloqués pendant des décennies dans différents pays africains. Ce n’est pas une coïncidence : les mêmes logiques qui bloquent l’égalité des femmes dans le droit de la famille sont celles qui poussent les législations contre les personnes LGBTQ+.

Ces logiques utilisent le même langage : valeurs familiales, intégrité culturelle, souveraineté. Mais lorsqu’on creuse, la stratégie devient claire. L’objectif n’est pas de protéger la famille. C’est de protéger le patriarcat en son sein.

Qui se cache derrière la charte ?

La réponse à cette question reste floue. Ce qu’on sait très clairement pour l’instant c’est que des organisations américaines ultra-conservatrices soutiennent les gouvernements africains (pour la plupart sexistes) dans cette démarche. Pour ce qui est de la version actuelle de la charte proposée, elle est hébergée sur le site de Family Watch International (voir URL sur l’image ci-dessous).

Family Watch International est une organisation non gouvernementale (ONG) américaine fondée en 1999 par Sharon Slater, militante anti-LGBTQ+ et anti-avortement. Le rôle exacte de cette organisation étrangère dans l’aboutissement de la charte mérite une analyse appofondie. Nous y reviendrons dans un prochain article.

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