
Au Tchad, 21 féminicides en sept mois : ce que dit la réalité des violences faites aux femmes.
Le 29 juillet 2026, des organisations féministes et de défense des droits des femmes ont tenu un point de presse à N’Djamena pour alerter sur la recrudescence des violences basées sur le genre au Tchad. 21 féminicides ont été médiatisés dans le pays depuis le début de l’année, et des données d’Afrobarometer révèlent une banalisation sociale profondément ancrée.

Au Tchad, 21 féminicides en sept mois : ce que dit la réalité des violences faites aux femmes.
21 féminicides en sept mois
Depuis janvier 2026, vingt et un féminicides ont été rapportés par la Ligue tchadienne des droits des femmes et l’Association pour l’épanouissement de la femme (APEP). Un chiffre qui ne couvre que les cas rendus publics, et ne reflète donc vraisemblablement pas l’ampleur réelle du phénomène, dans un pays où les obstacles au signalement restent nombreux. Pour dénoncer cette situation qui les dépasse et le silence des autorités, des organisations féministes et organisations de défense des drois des femmes et des filles au Tchad ont tenu un point de presse mercredi dernier (29 juillet) à N’Djamena.
“Chaque féminicide, chaque viol, chaque agression, chaque acte de harcèlement ou de violence psychologique constitue une atteinte à la dignité humaine et un échec collectif.” ont-elles déclaré dans un communiqué publié le 30 juillet sur les réseaux sociaux.
“56% des Tchadien.ne.s pensent qu’il est parfois ou toujours justifié de battre sa femme”
Une enquête d’Afrobarometer publiée le 25 juin 2026, conduite auprès de 1 128 adultes tchadiens entre février et avril 2025, documente le contexte social dans lequel ces violences se produisent.
Les résultats sont effrayants : 56% des répondants estiment qu’il est « parfois » ou « toujours » justifié pour un homme de battre sa femme si elle a fait quelque chose qui ne lui plaît pas. Seuls 43% considèrent que la violence conjugale n’est jamais justifiable. Cette acceptation est plus répandue chez les hommes (64%) que chez les femmes (48%). Il est important de rappeler que ces dernières n’acceptent en général pas par choix, encore moins parce qu’elles “aiment la violence” comme on a souvent pu l’entendre dans certains débats publics. Comme le rapport le souligne l’enquête d’Afrobarometer, elles sont souvent conditionnées par l’intériorisation des normes patriarcales.
Près de quatre Tchadiens sur dix (36%) estiment par ailleurs que la violence contre les femmes et les filles est courante dans leur communauté et 45% reconnaissent qu’il est rare que celles-ci portent plainte ou soient crues.
L’impunité, renforcée par le silence
Les données Afrobarometer éclairent aussi pourquoi si peu de violences aboutissent à des poursuites. Les raisons avancées pour expliquer ce silence sont avant tout d’ordre social : la préférence pour les règlements à l’amiable (32%), la peur des représailles (24%), les pesanteurs culturelles (17%), la honte de se déclarer victime (12%) et la méconnaissance des droits et des procédures (7%). Ce tableau est d’autant plus préoccupant que 84% des Tchadien.ne.s considèrent que la police et les tribunaux ne font pas assez pour protéger les femmes. Il y a donc une conscience du problème institutionnel, mais une défiance du recours judiciaire : les deux se nourrissent mutuellement.
Sur cette silenciation systémique des victimes, les organisations de défense des femmes au Tchad sont sans équivoque : “Nous refusons que les survivantes soient réduites au silence, stigmatisées ou tenues responsables des violences qu’elles subissent. Nous réaffirmons qu’aucune femme ne mérite la violence : aucune tenue, aucun choix de vie, aucune publication sur les réseaux sociaux ne saurait justifier un acte de violence”, peut-on lire dans leur communiqué du 30 juillet.
Ce que veulent les féministes
Les organisations présentes au point de presse du 29 juillet ont formulé des demandes précises à différents acteurs : aux pouvoirs publics, un renforcement des cadres légaux et de leur application effective ; aux institutions judiciaires, des poursuites diligentes pour mettre fin à l’impunité ; aux médias, un traitement responsable et non stigmatisant des violences ; aux leaders communautaires et religieux, un engagement actif dans leurs milieux.
Elles ont également appelé les partenaires financiers à soutenir durablement les actions de prévention et de prise en charge, et ont appelé chaque citoyen.ne à ” refuser le silence complice et à agir avec responsabilité.”
“Le silence protège les agresseurs, l’action protège les femmes”, ont-elles conclu.









