
La chemise au coeur de la polémique en Côte d'Ivoire.
Côte d’Ivoire : derrière la trend de la “chemise du repos”, un débat sérieux sur le consentement
Une polémique partie d’un post sur les réseaux sociaux ivoiriens a déclenché, ces derniers jours, une controverse qui dépasse le simple fait viral. En cause : une pratique normalisée qui, selon des organisations de défense des droits des femmes, participe à une logique de pression sexuelle et renforce la culture du viol.

La chemise au coeur de la polémique en Côte d’Ivoire.
Accepter une invitation et payer de son corps ?
Dans une publication sur ses réseaux sociaux, la Ligue Ivoirienne des Droits des Femmes mentionne que tout es parti d’une question d’un internaute sur son profil : ” Un gars t’a invitée à manger et, juste après, t’a demandé d’aller vous reposer. Qui a déjà vécu ça ? ”
C’est ainsi qu’est née la trend de la “chemise du repos”. Il s’agit d’une chemise à manches longues confectionnée dans un pagne wax aux motifs géométriques pouvant faire penser au kente dans des couleurs turquoise, bleu marine, orange et blanc. Le pagne est depuis en rupture de stock dans certains endroits de la capitale ivoirienne tant il a été acheté pour suivre la tendance.
Le post de départ, qui se voulait humouristique, décrivait une pratique apparemment banale bien qu’elle existe depuis bien longtemps, et pas qu’en Côte d’Ivoire : inviter une femme à prendre un repas ou un verre pour ensuite lui proposer d’aller “se reposer” dans un hôtel ou à la maison, invitation implicite à une relation sexuelle.
Les personnes qui reprennent actuellement la trend en Côte d’Ivoire s’affichent avec la fameuse “chemise du repos”. Certaines personnalités publiques, entreprises, et institutions publiques, comme la plateforme ivoirienne de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) ont repris le concept pour générer de l’engagement sur leurs plateformes.
Rejettant l’argument de la “blague”, la Ligue Ivoirienne des droits des Femmes, qui affirme avoir reçu des témoignages de femmes victimes de la pratique et l’association Stop au Chat Noir dénoncent cette tendance qu’elles jugent “irresponsable” et invitent les entreprises et institutions concernées à “retirer leurs publications qui rendent possibles la propagande de la culture du viol”. Selon le communiqué de la Ligue Ivoirienne des droits des femmes, plusieurs marques et personnalités ont effectivement supprimé leurs publications depuis. Il est également inquiétant de voir que la trend dépasse désormais les frontières de la Côte d’Ivoire vu que des entreprises au Bénin, comme CanalBox, s’y sont aussi mises.
La culture du viol et la question du consentement
La notion centrale dans ce débat est celle de culture du viol. Selon ONU Femmes, il s’agit de “l’environnement social qui permet de normaliser et de justifier la violence sexuelle”. Elle ne désigne pas uniquement le passage à l’acte, mais l’ensemble des discours, comportements et représentations qui les rendent possibles ou excusables.
Dans le cas de la “chemise du repos”, la mécanique identifiée par les organisations est celle de la dette sexuelle implicite : l’idée qu’accepter une invitation à manger ou à boire crée une obligation de réciprocité d’ordre sexuel, et que le refus n’est pas envisageable.
Cette polémique remet également sur la table, la question du consentement, encore mal compris par beaucoup. Comme le rappelle Stop au Chat Noir, le consentement c’est la base. Et pour qu’il compte, il doit être libre, clair, éclairé et révocable à tout moment. Une invitation acceptée, un cadeau offert, un repas partagé ou n’importe quelle autre situation similaire ne signifie pas qu’on a dit oui à un contact physique, encore moins à un rapport sexuel.









