Apologie de la violence faite aux femmes : la traque à l’impunité
Au Cameroun comme en Côte d’Ivoire, deux affaires récentes témoignent d’une évolution
impulsée par les luttes féministes, qui insistent sur la nécessité de sanctionner non
seulement les violences faites aux femmes et aux filles, mais aussi les discours qui les
légitiment, en ligne comme dans la vie réelle.

Le Cas Divine Mbarga au Cameroun
Au Cameroun, le viol et le meurtre de la jeune Divine Mbarga, 11 ans, a rapidement dépassé
le cadre du fait divers. Retrouvée sans vie dans un chantier abandonné de la ville de
Yaoundé le 19 mars, l’enfant aurait été séquestrée et violée pendant plusieurs heures,
avant d’être tuée. Alors que l’indignation était à son comble, un homme identifié comme
Faustin Abega publie sur les réseaux sociaux un commentaire banalisant, voire justifiant
l’agression.
Le message devient viral, suscitant une indignation collective, notamment de la part des
féministes. Face à l’ampleur de la réaction, Faustin Abega est interpellé par la gendarmerie
le 3 avril, dans une localité proche de la capitale camerounaise. Il est accusé d’apologie de
crime et encourt une peine allant de 1 à 5 ans de prison, assortie d’une amende. Selon la
presse locale, il aurait également été relevé de ses fonctions d’enseignant.
Le cas de l’influenceuse Ma’a Bio en Côte d’Ivoire
Quelques jours plus tard, en Côte d’Ivoire, un autre cas vient alimenter le débat. Le 7 avril,
l’influenceuse Ma’a Bio dénonce publiquement, lors d’un live TikTok, des violences
conjugales qu’elle aurait subies. Dans la foulée, un internaute, Wilfried Bouabré, affirme sur
les réseaux sociaux qu’il trouve « logique de frapper une femme ». Là encore, l’indignation
est immédiate.
Le 8 avril, le ministère ivoirien de la Femme, en collaboration avec le Programme national
de lutte contre les violences basées sur le genre (PNLVBG), publie un communiqué
annonçant la convocation du concerné. Le 13 avril, il est annoncé, via les mêmes canaux,
que Wilfried Bouabré a été mis aux arrêts.

« Wilfried Bouabré a été interpellé à la suite d’une publication diffusée sur les réseaux
sociaux faisant l’apologie de la violence domestique. Convoqué par les autorités
compétentes, il a été mis aux arrêts conformément aux dispositions de la loi n°2021-894 du
21 décembre 2021 relative aux violences domestiques. », précise le communiqué, qui
évoque une politique de tolérance zéro.
Un message clair
Ces deux situations, bien que distinctes, révèlent une même dynamique : la remise en
cause progressive d’une impunité longtemps accordée aux discours qui légitiment les
violences faites aux femmes.
Car ces propos ne sont pas anodins. En minimisant les faits, en déplaçant la responsabilité
sur les victimes ou en présentant la violence comme acceptable, ils participent à installer
un climat dans lequel les agressions deviennent socialement tolérables.
Longtemps, ce type de discours a circulé sans conséquence. Considérés comme de
simples opinions, ils échappaient à toute sanction, malgré leur rôle dans la reproduction
des violences. Aujourd’hui, les lignes semblent bouger. Sous la pression des mobilisations
féministes, et d’une opinion publique de plus en plus réactive, les autorités commencent à
traiter ces prises de parole comme des faits à part entière.
Un véritable tournant ou de simples réactions ponctuelles face à
des scandales médiatiques ?
La question mérite d’être posée. Car au-delà de ces arrestations, le problème reste
structurel. Les discours qui justifient les violences faites aux femmes ne sont pas
marginaux. Ils s’inscrivent dans des normes sociales profondément ancrées, où la
responsabilité est encore trop souvent déplacée sur les victimes et où la violence est
justifiée, voire célébrée.
Dans ce contexte, sanctionner les propos est un signal. Mais ce n’est qu’un début.
La lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles ne peut se limiter à des
réponses ponctuelles, aussi nécessaires soient-elles. Elle implique un travail de fond :
éducation, transformation des normes sociales et application rigoureuse des lois en
vigueur.











