“Presque un cas d’agression sexuelle par jour” : l’enfer des jeunes migrantes à Ceuta

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Depuis la fin du mois de juillet, la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta a été le théâtre d’une vague de traversées d’une ampleur inédite, avec environ 80 000 personnes qui ont illégalement franchi la frontière. Si la plupart ont depuis quitté la ville espagnole, environ 5.000 à 10.000 restent, dont plusieurs mineurs, selon les chiffres officiels. Or ces migrants vivent dans des conditions insalubres qui exposent particulièrement les jeunes filles aux agressions sexuelles.

Un mois après l’arrivée massif et illégal de milliers de migrant.e.s à Ceuta, les cas d’agressions sexuelles se multiplient.

Une série d’agressions qui s’accumule

Selon la magistrate Silvia Rojas, citée par Le Figaro, “ces crimes ont connu une augmentation exponentielle depuis l’afflux massif de population”. Dans un entretien publié dans le quotidien espagnol El Pais le 1er septembre, soit un mois après le début de la crise migratoire,  Silvia Rojas fait état de 23 plaintes enregistrées pour agressions sexuelles, ce qui représente “presque un cas par jour”, déplore la magistrate. Par ailleurs, les appels au 112, le numéro d’urgence unique, ont augmenté de 150 % depuis l’arrivée massive de migrants, atteignant même 200 % les premiers jours, selon la presse locale.

Les premiers signalements remontent au tout début du mois d’août. Dès le 7 août, les tribunaux de Ceuta avaient déjà enregistré au moins six plaintes pour agressions sexuelles. Mi-août, le bilan s’est alourdi de façon plus précise et plus glaçante. Plusieurs médécins ont dénoncé dans la presse et auprès des ONG, des cas de jeunes filles arrivées aux urgences après avoir été “harcelées et touchées de manière inapproppriée”.

Ces éléments ont conduit la police espagnole à placer l’identification des filles et des enfants de moins de 13 ans parmi ses priorités. Des enquêtes ont également été ouvertes pour au moins 15 cas de viol présumés, y compris sur des jeunes garçons.

La ministre espagnole de la Jeunesse et de l’Enfance, Sira Rego, a de son côté reconnu, début aôut, que davantage de filles, et de très jeunes enfants non accompagnés, environ 1342, étaient arrivés à Ceuta, annonçant des mesures pour leur prise en charge, notamment pour les aider à retrouver leurs parents de l’autres côté de la frontière.

Un décompte officiel qui ne reflète pas la réalité du terrain

L’un des aspects les plus troublants de cette affaire est l’incapacité des autorités elles-mêmes à établir un chiffre fiable. Interrogée par la RTVE, la chaîne nationale espagnole, la ministre espagnole de la Santé, Mónica García, a reconnu ignorer le nombre précis de jeunes filles marocaines violées à Ceuta, expliquant que très peu de victimes fréquentent les centres de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles, où leur cas pourrait être pris en charge et comptabilisé.

Résultat : les chiffres divergent selon la source. Cinq cas ont été signalés officiellement, tandis que la Garde civile avance, elle, le chiffre de 15. Du côté marocain, une estimation légèrement différente circule. Selon des informations relayées par plusieurs médias, au moins six mineures marocaines non accompagnées ont rapporté avoir subi des agressions sexuelles à Ceuta. Cette cacophonie statistique laisse plusieurs questions sur l’état du système.

Un autre problème c’est les centres d’accueil saturés. Dans les premiers jours, l’afflux a dépassé la capacité d’accueil des centres, contraignant certaines mineures à rester dans la rue ou à trouver un hébergement temporaire grâce à des initiatives locales.

Or ces foyers d’hébergement ont eux-aussi été soumis à une forte pression, le nombre d’arrivées ayant largement dépassé leurs capacités. Conséquence : certains enfants sont restés dans la rue, ou ont dû trouver refuge dans des hébergements précaires, en baches ou en cartons, augmentant leur vulnérabilité face aux prédateurs.

L’alerte des organisations de protection de l’enfance

Ce qui rend la situation particulièrement grave, c’est la superposition des vulnérabilités : il s’agit de filles, mineures, souvent non accompagnées, en situation de migration irrégulière, et prises au piège dans un dispositif d’accueil qui n’a manifestement pas été pensé pour les protéger en priorité.

Face à cette situation, les organisations de défense des droits de l’enfant tirent la sonnette d’alarme. Save the Children a alerté sur les risques de traite et d’exploitation sexuelle auxquels sont particulièrement exposées les adolescentes isolées, lorsqu’elles sont livrées à elles-mêmes. L’ONG marocaine Touche pas à mon enfant a appelé à des mesures urgentes de protection ainsi qu’à l’ouverture d’enquêtes, plaidant pour une réponse binationale.

La situation interroge également les responsabilités institutionnelles de part et d’autre de la frontière. Du côté marocain, le gouvernement a nié tout rôle délibéré dans cet afflux. Mais l’hypothèse d’un malaise chez les jeunes, qui sont prêts à s’enfuir à la premiére occasion demeurre bel et bien. Du côté espagnol, la question se pose surtout sur la capacité du système d’accueil de Ceuta à absorber un afflux aussi soudain, et à garantir une prise en charge immédiate et spécifique aux mineures, notamment.

Entre les deux, ce sont des adolescentes de 14 ans, parfois moins, qui payent le prix de failles institutionnelles qui les dépassent largement.

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