
La Coupe du Monde 2026 se joue en ce moment aux Etats-Unis. Alors que de plus en plus de pays dans le monde optent pour l'homophobie d'Etat, il est légitime de se demander si ces derniers ne devraient pas être boycottés.
Mondial 2026 : faut-il boycotter les pays avec des lois homophobes ?

La Coupe du Monde 2026 se joue en ce moment aux Etats-Unis. Alors que de plus en plus de pays dans le monde optent pour l’homophobie d’Etat, il est légitime de se demander si ces derniers ne devraient pas être boycottés.
Le football aime se présenter comme un langage universel. Sur les terrains du monde entier, fédérations, clubs et organisateurs de compétitions affichent des valeurs d’égalité, de respect et de non-discrimination. Des campagnes contre le racisme sont régulièrement mises en avant, des messages de tolérance s’affichent dans les stades, et les joueurs sont encouragés à promouvoir l’inclusion.
Pourtant, lorsque des Etats criminalisent les personnes LGBTQ+, les réactions du monde sportif restent souvent beaucoup plus timides. Cette différence de traitement soulève une question simple : si le racisme institutionnel a déjà justifié des sanctions et des boycotts sportifs, pourquoi les lois qui criminalisent l’homosexualité ne provoquent-elles pas une mobilisation comparable ?
Cette question ne vise pas les populations ni les sportifs / sportives des pays concernés, mais les gouvernements qui maintiennent ou renforcent des législations discriminatoires tout en cherchant à bénéficier du prestige qu’offrent les grandes compétitions internationales.
Le précédent de l’Afrique du Sud

En juillet 1965, à Londres, des manifestant.e.s se rassemblent pour demander le boycott de l’Afrique du Sud, à cause de la politique d’apartheid du gouvernement de l’époque.
L’exemple de l’Afrique du Sud sous l’apartheid reste emblématique. Dès les années 1960, le pays est progressivement exclu du mouvement sportif international en raison de sa politique de ségrégation raciale. Il est écarté des Jeux olympiques à partir de 1964, exclu du mouvement olympique en 1970, suspendu par la FIFA la même année avant d’en être définitivement exclu en 1976. Les équipes sud-africaines sont également bannies de nombreuses compétitions internationales, notamment en rugby et en cricket, deux sports pourtant emblématiques du pays.
Ces sanctions ne relevaient pas d’une simple décision sportive. Elles traduisaient la conviction, largement partagée au sein de la communauté internationale, qu’un État fondé sur la discrimination raciale ne pouvait continuer à bénéficier du prestige et de la visibilité qu’offrent les grandes compétitions internationales.
À l’époque déjà, les défenseur.e.s du régime invoquaient la neutralité du sport. À l’inverse, les partisan.e.s du boycott estimaient qu’il était impossible de promouvoir les valeurs d’universalité, d’égalité et de respect tout en fermant les yeux sur un système qui privait une majorité de la population de ses droits fondamentaux.
Avec le recul, historiens et spécialistes des relations internationales considèrent aujourd’hui que l’isolement sportif de l’Afrique du Sud, en plus des sanctions diplomatiques, économiques et culturelles, a contribué à accroître la pression internationale qui a finalement conduit à la fin du régime d’apartheid, quelques années plus tard.
Sotchi 2014 : un précédent directement lié à l’homophobie d’Etat

Contrairement à l’apartheid, la question de l’homophobie d’Etat a, elle aussi, déjà directement traversé le monde olympique, même si elle n’a pas débouché sur un boycott effectif.
En juin 2013, la Russie adopte une loi interdisant la « propagande » des « relations sexuelles non traditionnelles » auprès des mineurs, quelques mois avant d’accueillir les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi. La loi prévoit jusqu’à 125 euros d’amende pour les Russes et, pour les étrangers, jusqu’à 2 300 euros, assortis de quinze jours de détention et de l’expulsion du pays.
La mobilisation internationale est immédiate : une pétition adressée au Comité international olympique (CIO) par l’organisation All Out recueille plus de 320 000 signatures, l’écrivain britannique Stephen Fry publie une lettre ouverte appelant à délocaliser les Jeux, et des appels au boycott se multiplient. Un arrangement est finalement trouvé et le président russe, Vladimir Poutine, déclare qu’il prendra des mesures pour que “les sportifs, les spectateurs, les visiteurs se sentent bien quelles que soient leur nationalité, leur appartenance ethnique ou leur orientation sexuelle”
Aucun pays ne boycottera finalement Sotchi 2014. L’épisode reste néanmoins une référence : il prouve que des lois homophobes peuvent susciter l’indignation collective jusque dans la planète sport.
Quand la discrimination devient une politique d’État
La comparaison faite plus haute entre racisme institutionnel et homophobie d’Etat n’est pas parfaite. Les contextes historiques diffèrent et les formes de discrimination ne sont pas identiques.
Mais dans les deux cas, il s’agit d’une catégorie de citoyens dont les droits sont limités voire supprimés par la loi en raison de leur identité.
Aujourd’hui encore, plus de soixante pays dans le monde criminalisent les relations entre personnes de même sexe. Dans certains cas, ces lois prévoient même des peines de mort. Dans tous les cas, elles favorisent les arrestations arbitraires, les violences, le harcèlement et les campagnes de stigmatisation.
Les organisations de droits humains ne cessent de le rappeller : la pénalisation des relations entre personnes de même sexe viole les principes fondamentaux d’égalité et de non-discrimination reconnus par le droit international.
Sénégal et Ghana : deux réalités, une même logique
Ces deux pays africains participent à la Coupe du Monde 2026, aux côtés de 7 autres pays qui représentent le continent. Ce ne sont pas les seuls qui représentent le continent avec des lois homophobes, mais leur particularité est qu’ils ont tous deux récemment fait passé des lois encore plus dures contre les personnes LGBTQ+. Si la loi au Sénégal a déjà été promulguée, celle du Ghana est encore en attente.
Ces réalités ne signifient pas que l’ensemble des citoyens de ces pays partagent les mêmes opinions : critiquer ces lois revient à interpeller des gouvernements, pas à condamner des peuples, et dans chacun de ces pays, des militant.e.s, de la diaspora ou non, continuent de porter ce combat au péril de leur sécurité.
C’est le cas de la sénégalaise Fanta-Pierre-Diallo, qui s’exprimait sur le plateau de TV5 Monde, appelant à des sanctions contre son pays :
« Le Sénégal ne peut pas faire passer cette loi, qui passe de manière tranquille en Afrique et dans le monde. Nous vivons dans un monde où on ne peut plus tolérer ça […] donc pour moi le Sénégal doit être puni, et tous les pays qui ont ce type de démarche, pour poser un cadre. »
Cette position, défendue notamment par l’activiste Sam Zirah qui a appelé au boycott du Sénégal à la Coupe du monde, en comparant, quoique maladroitement, le pays à l’Etat d’Israël, a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux sénégalais, certains internautes la jugeant disproportionnée. L’influenceur et activiste LGBTQ+ Aumich (son pseudonyme sur les réseaux sociaux) leur a répondu par l’universalité du principe de non-discrimination : « Les Palestiniens ont le droit de vivre, les Israéliens ont le droit de vivre, les homosexuels sénégalais vivant au Sénégal ont le droit de vivre », rappelant qu’aucune forme de discrimination n’est plus grave qu’une autre.
Pourquoi les grandes compétitions comptent
Les États investissent massivement dans le sport parce qu’ils savent que celui-ci représente bien plus qu’un simple divertissement.
Une Coupe du monde, une Coupe d’Afrique des Nations ou un tournoi international offrent une visibilité exceptionnelle. Ces événements permettent de renforcer l’image d’un pays, d’attirer des investissements, de développer le tourisme et d’améliorer son influence diplomatique.
Cette stratégie est souvent décrite comme du « soft power ». Grâce au sport, un gouvernement peut façonner la manière dont il est perçu à l’extérieur.
Mais si les États souhaitent bénéficier des avantages stratégiques liés aux compétitions sportives, ils doivent également accepter que leur bilan en matière de droits humains fasse partie de la discussion. On ne peut pas réclamer les bénéfices de la reconnaissance internationale tout en exigeant que les critiques restent à l’extérieur du stade.
Le boycott ne peut pas transformer une politique publique, d’ailleurs, ce n’est pas le but. L’objectif est plutôt d’attirer l’attention internationale sur des violations souvent ignorées et d’augmenter le coût politique de certaines décisions gouvernementales. L’exemple cité plus haut de l’Afrique du Sud reste un enseignement.







