Les droits sexuels et reproductifs des Africaines à l’épreuve du souverainisme

Les droits reproductifs sont des droits humains. A travers l’histoire, les femmes africaines se sont toujours mobilisées avec courage pour défendre l’autonomie sur leur corps, leur avenir et leur vie.

Ces 30 dernières années, les engagements envers les droits et la santé sexuelle et reproductive ont fait de grands progrès au niveau mondial: les taux de mortalité maternelle ont chuté de presque un tiers, la proportion de femmes utilisant un moyen de contraception moderne a doublé, et plus de 160 pays ont adopté des lois contre la violence familiale. Malgré ces avancées notables, de profondes inégalités persistent, notamment dans les pays en développement.

Comprendre les droits et la santé sexuels et reproductifs

Les droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR) sont des droits humains fondamentaux et un pilier essentiel de l’égalité des genres. La négligence de ces droits a des répercussions directes sur la mortalité maternelle et l’état de santé des femmes et des filles.

Les cinq aspects des DSSR comprennent :

  • l’accès à des soins prénatals, périnatals et postnatals de qualité;
  • l’accès à la planification familiale et à la contraception;
  • la prévention et le traitement du VIH, des infections sexuellement transmissibles (IST), et des maladies liées à l’appareil reproducteur;
  • l’élimination des avortements à risque à travers l’accès à l’avortement médicalisé et des soins post-avortement sûrs;
  • l’éducation suffisante à la sexualité et la promotion de la santé sexuelle.

Ces composantes visent à garantir à chaque individu le droit de prendre des décisions libres et éclairées concernant sa sexualité et sa reproduction, sans discrimination ni violence.

Des défis persistants

De nombreux pays africains connaissent encore un faible taux d’utilisation des contraceptifs modernes, une forte mortalité maternelle et un accès restreint aux services de santé reproductive. Les adolescentes, les femmes vivant avec le VIH, les personnes LGBTQ+, les personnes handicapées et les travailleuses du sexe sont souvent exclues des politiques et des programmes de santé publique.

  • Facteurs socioculturels et juridiques

Les normes patriarcales, les mariages précoces, la stigmatisation liée à la sexualité et les lois restrictives sur l’avortement entravent la mise en œuvre effective des DSSR. Dans plusieurs pays, on estime que seuls 55 % des femmes âgées de 15 à 49 ans, mariées ou en couple, prennent leurs propres décisions en matière de relations sexuelles, d’utilisation de contraceptifs et de services de santé reproductive. Par ailleurs, la résistance à l’éducation sexuelle suffisante dans les écoles limite la prévention des grossesses précoces et des infections sexuellement transmissibles.

  • Conflits et crises humanitaires

Il y a plus de 50 conflits armés actifs en Afrique, ce qui représente environ 40% des conflits en cours dans le monde, publiait le Comité international de la croix rouge (CICR) en octobre 2025. Ces conflits, largement oubliés ou négligés, ont déplacé près de 35 millions de personnes sur le continent, soit presque la moitié des déplacements dans le monde.

Ces situations de conflit et de déplacement aggravent les violations des droits sexuels et reproductifs. Les violences sexuelles, les mariages forcés et les grossesses non désirées augmentent dans les contextes de guerre, tandis que les services de santé sont souvent interrompus. À cela s’ajoutent les effets du changement climatique, tels que la sécheresse et la pauvreté accrue, qui ont des répercussions indirectes sur la santé reproductive des femmes et des adolescentes.

Au nom de la “souveraineté”, vraiment ?

“Jamais le mot souveraineté n’a autant prononcé au Sénégal”, écrivait en début de semaine l’écrivaine et journaliste féministe Fatou Warkha Sambe. Cette observation vaut pour l’ensemble des pays africains.

Des régimes militaires aux gouvernements civils, le discours souverainiste occupe une place centrale dans les narratifs politiques. Pourtant, derrière les proclamations d ‘émancipation vis-à-vis des anciennes puissances coloniales, certaines pratiques interrogent.

Comment comprendre que des États qui revendiquent leur souveraineté et rejettent les ingérences étrangères acceptent de signer, souvent dans l’opacité, des accords sanitaires bilatéraux avec l’administration de Donald Trump, dont la stratégie connue et revendiquée est « America First » (l’Amérique avant tout) ?

Les expert.e.s et observateur.ice.s sont unanimes : ces accords profitent avant tout aux intérêts de l’administration Trump. Ils mettent en danger les acquis en matière de droits et santé sexuels et reproductifs, garantis en Afrique par le protocole de Maputo, ratifié par 46 de nos Etats.

À travers la campagne #NosCorpsNeSontPasUneClause, les féministes africaines renvoient les Etats signataires des accords G2G à leurs engagements. Elles rappellent que la santé des femmes et des filles ne peut pas servir de monnaie d’échange et exigent plus de transparence.

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