En pleine épidémie d’Ebola, les femmes inventent leurs propres stratégies de survie

En plus de la guerre qui menace directement leur existence depuis trois décennies, les femmes dans l’est de la RDC doivent faire face à une autre crise : les épidémies d’Ebola.

Cela fait environ trente ans que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à un conflit armé dont les femmes et les filles sont les principales victimes. En plus de cette insécurité chronique est venue s’ajouter une autre crise : les épidémies d’Ebola.

Le 15 mai 2026, le gouvernement congolais a annoncé la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola. Dès le lendemain, l’Organisation mondiale de la santé, OMS, déclarait une “urgence de santé publique de portée internationale”. Depuis, la situation a énormément évolué, avec des centaines de cas confirmés, et plusieurs dizaines de personnes décédées.

Dans cette situation, les femmes se retrouvent à développer leurs propres mécanismes de protection pour leurs familles et leurs communautés.

Les femmes en première ligne

À Nyiragongo, territoire meurtri par les violences armées, les habitant.e.s font également face au virus, dans une région où les déplacements forcés, l’insécurité, les violences sexuelles et la pauvreté compliquent déjà le quotidien des femmes.

« Malgré les cas positifs, certaines personnes continuent à penser qu’Ebola n’existe pas. D’autres estiment que la guerre avait déjà détruit les efforts des femmes et qu’Ebola est venu achever ce qui restait », explique Rachel Lulu, ancienne cheffe d’avenue que nous avons intérrogée.

Selon plusieurs activistes locales, les dispositifs de riposte privilégient surtout les approches médicales et sécuritaires sans tenir compte du travail invisible assuré par les femmes : soins aux malades, protection des enfants déplacés, recherche de nourriture ou encore maintien des solidarités communautaires.

« Dans notre contexte, les femmes incarnent plusieurs rôles à la fois : premières répondantes, déplacées, aidantes et médiatrices », résume Daniella Nenchi, activiste communautaire à Beni.

Ebola aggrave ce que la guerre avait commencé

Les violences structurelles que subissent déjà les femmes dans l’est de la RDC se sont aggravées avec le retour d’Ebola et des mesures barrières.

Les femmes que nous avons interrogées évoquent notamment :

  • l’augmentation des violences pendant les périodes de confinement partiel ;
  • la perte des revenus après la fermeture des petits commerces
  • la stigmatisation de leurs familles quand celles-ci sont suspectées d’être contaminées ;
  • les difficultés d’accès aux soins maternels ;

« La crise sanitaire bloque plusieurs femmes dans leur travail, surtout celles qui vivent du petit commerce », témoigne Daniella Nenchi habitante de Bukavu. « Elles perdent leurs revenus et risquent de redevenir financièrement dépendantes. », poursuit-elle.

À Bukavu, nous avons également rencontré madame Esther, déplacée du territoire de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu. Elle exprime également sa colère face à une situation devenue insoutenable.

“Avec la guerre, la femme est devenue l’espoir de la famille, errant par ici et par là pour la survie. Maintenant avec Ebola, nous avons l’impression d’être abandonnés par notre État. Si les balles crépitent, comment séparer les malades des non-malades pendant les déplacements dans l’embouteillage ?” demande t-elle.

“Nous essayons de faire de notre mieux”

Face à l’ampleur de la situation, les femmes sont obligées de rester résilientes. Certaines d’entre elles développent des stratégies de sensibilisation adaptées aux réalités du terrain.

Dans le territoire de Nyiragongo par exemple, des groupes de femmes leaders, membres d’ associations féminines ont abandonné les grandes réunions formelles pour privilégier les échanges de proximité : visites porte-à-porte, discussions dans les marchés, rencontres dans les églises ou des groupes d’épargne.

C’est ce qu’explique Baby Kibiri, mère de famille : « Nous avons mis en place un contrôle des mouvements à l’intérieur de la famille et un système de désinfection à l’entrée de la maison. Nous essayons de faire de notre mieux malgré que la situation reste difficile. »

Mariana, femme leader de la même localité, privilégie des réunions informelles et spontannées. Selon elle ces espaces sont non seulement des moments de retrouvailles entre femmes, mais aussi, dans les discussions, des mythes tombent et astuces sont partagées.

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