
Dans les mines d'or en RDC, les jeunes filles paient le prix le plus lourd.
À Kamituga, dans le territoire de Mwenga, à l’est de la République démocratique du Congo, des milliers de femmes et de jeunes filles travaillent dans les mines d’or artisanales. Elles y vont souvent par nécessité et restent piégées par la pauvreté, les violences et l’impunité.

Dans les mines d’or en RDC, les jeunes filles paient le prix le plus lourd.
La République Démocratique du Congo (RDC) est reconnue pour ses vastes réserves de minerais, notamment de cuivre, de cobalt, d’or, de diamants, d’étain, de coltan et d’uranium, qui suscitent l’intérêt du monde entier.
La ville de Kamituga, dans le territoire de Mwenga, province du Sud-Kivu, offre une richesse minière majeure grâce à ses gisements d’or. La situation sécuritaire, sanitaire ou encore économique y est pourtant critique, malgré la présence de l’armée.
Nous y avons rencontré Ndalinda, 14 ans et Esther, 16 ans, qui nous ont partagé leur quotidien.
Des tâches multiples pour des salaires de misère
Ndalinda pilonne les pierres issues des puits miniers. On l’appelle “maman twangaise”, comme on désigne les femmes qui travaillent dans les carrés. Elle concasse. Elle tamisе. Elle lave. À mains nues.
Esther travaille aux côtés de sa mère, étalant et lavant les pierres. Elle a dû quitter l’école faute d’argent.
Dans les mines artisanales de RDC, les femmes représentent entre 30 et 50 % de la main-d’œuvre, selon un rapport du CNUCED. Elles traitent les minerais que les hommes extraient, mais leur contribution reste sous-valorisée et leurs droits constamment bafoués. Les tâches varient : petit commerce dans les carrés, nettoyage des pierres, transport de sable et de gravats. Chaque activité expose les jeunes filles à des maladies respiratoires, des infections, et à une pauvreté endémique. Les rémunérations le reflètent, comme le témoigne Ndalinda :
“Dans mon travail de pilleuse de pierres issues des puits miniers, je travaille mais je me retrouve sans être payée, soit parce que dans les pierres il n’y a pas de mines, soit parce que la propriétaire des pierres refuse catégoriquement de me payer.” Pour elle, comme pour beaucoup, le travail minier est avant tout une tentative quotidienne de survie.
Survivre ou périr
Ndalinda s’est retrouvée dans les puits à cause de la pauvreté. Elle doit travailler pour nourrir sa famille. Esther a le même récit : “je travaille avec ma mère pour étaler et laver les pierres. J’ai laissé l’école en huitième année suite au manque d’argent,” nous a-t-elle confié.
Peu de femmes choisissent librement le travail minier. Certaines jeunes filles viennent seules, poussées par le besoin de subvenir à leurs besoins vitaux. D’autres y sont envoyées par leurs parents pour aider financièrement la famille. Les ménages sont si pauvres que l’éducation devient un luxe inabordable.
Cette situation crée une spirale : pas d’accès à l’éducation, pas de perspective professionnelle, pas de sortie.
Des violences croisées
Les violences économiques d’abord. Ndalinda et Esther ont révélé l’ampleur réelle des violences qu’elles subissent chaque jour. Certains propriétaires de puits (appelés les “PDG”) exigent des rapports sexuels en échange de meilleures conditions de travail ou du paiement promis. Madame Immaculée Chakupewa, coordinatrice de l’Association des Femmes Journalistes Engagées pour la Paix (AFJP), avait déjà dénoncé cette pratique l’année dernière (2025). Au journal La Prunelle Verte, elle rapportait avoir reçu “cinq plaintes de femmes différentes. L’une d’elles raconte qu’après avoir refusé de céder aux avances sexuelles d’un PDG, celui-ci lui a vendu des pierres sans or. Trois autres femmes ont été chassées de la machine d’un autre exploitant, qui a aussi confisqué six sacs de leurs pierres.”
Les violences psychologiques ensuite. Paroles dégradantes et humiliantes. Les jeunes filles travaillant dans les mines sont reléguées à des tâches subalternes, méprisées par les hommes, et parfois accusées de sorcellerie quand les résultats ne satisfont pas.
Et enfin, le harcèlement et les abus sexuels. Ndalinda dit être “draguée à longueur de journée par des trafiquants”, tandis qu’Esther s’inquiète des possibles infections qui pourraient dériver du manque de protection : “Je travaille sans revenu et avec peu de protection, j’entre dans l’eau salée étant femme, je m’expose aux infections.”
La loi du plus fort
Une loi existe pour protéger les travailleurs et travailleuses des mines, mais comme dans la jungle, c’est la loi du plus fort qui prévaut.
Le Code minier congolais, dans son article 299 bis, interdit le travail forcé et impose aux titulaires de droits miniers de respecter les droits humains. Il exige des mécanismes de traçabilité et de certification pour garantir une exploitation responsable. Sur le papier, c’est clair. Sur le terrain, la réalité se transforme en fiction.
La législation interdit le travail des femmes enceintes et des enfants dans les mines. Et pourtant, des centaines de filles continuent d’y travailler, parfois enceintes, inhalant des produits toxiques pour des salaires de famine. Les systèmes de traçabilité peinent à couvrir les sites artisanaux.









