Cameroun : Human Rights Watch documente l’échec de l’État à protéger les femmes

Dans un rapport publié ce 24 juin 2026, l’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) dresse un constat accablant : au Cameroun, les femmes sont victimes de violences basées sur le genre, et l’État ne les protège pas.

Au Cameroun, les femmes sont victimes de violences généralisées, et l’État ne les protège pas, déplore un nouveau rapport de Human Rights Watch.

Intitulé “Je vis dans l’insécurité permanente”, le document de 86 pages est le fruit d’enquêtes menées entre septembre et décembre 2024 auprès de 60 femmes dans trois villes représentatives du pluralisme juridique et de la diversité religieuse et démographique du pays : Douala, Maroua et Buéa.

Des violences structurelles

HRW documente des violences physiques, psychologiques et économiques commises en grande majorité par des maris et partenaires intimes. Selon les données de l’Enquête Démographique et de Santé de 2018 citées dans le rapport, quatre femmes sur dix (ou 44% plus exactement) âgées de 15 à 49 ans ayant vécu en couple ont déclaré avoir subi au moins une forme de violence de la part d’un partenaire. Dans certaines régions, ce chiffre atteint 64%.

Ces violences ne sont pas des incidents isolés. Elles sont, selon HRW, le produit d’inégalités structurelles : des lois discriminatoires qui consacrent l’autorité du mari sur le lieu de résidence, l’emploi et les biens du foyer, des institutions défaillantes, et un sous-investissement chronique de l’État dans les services aux survivantes.

Des lois discriminatoires

Le rapport pointe particulièrement le Code civil de 1968, toujours en vigueur, qui désigne le mari comme chef de famille et lui confère un pouvoir exclusif sur la gestion des biens matrimoniaux. Le mari est la seule personne habilitée à choisir la résidence familiale, et la femme a l’obligation d’y vivre. Une femme mariée ne peut pas non plus exercer une profession distincte de celle de son mari sans l’accord de ce dernier. Si celui-ci s’y oppose, son seul recours est de saisir un tribunal, à condition de prouver que son activité est dans l’intérêt de la famille.
Le Cameroun ne dispose par ailleurs d’aucune loi spécifique sur les violences domestiques. Le Code pénal de 2016 traite ces violences comme de simples agressions physiques, ignorant les formes économiques, psychologiques et émotionnelles des abus, pourtant largement documentées par HRW. Le féminicide, lui non plus, n’est pas reconnu comme crime distinct, malgré les dizaines de cas documentées chaque années par le collectif Stop féminicides 237.

L’affaire Diane Yangwo illustre concrètement ce vide juridique. Cette enseignante d’une trentaine d’années a été assassinée par son mari, condamné à seulement cinq ans de prison avec sursis et une amende de 52 000 francs CFA pour avoir porté des “coups mortels” à son épouse. Une condamnation qui a suscité l’incompréhension des féministes camerounaises. Dans un entretien à la Deutsche Welle publié après le rapport de HRW, Nadine Baana, présidente de l’Association pour l’émancipation de la femme, Initiative des femmes, a cité cette affaire pour illustrer ce qu’elle décrit comme “une banalisation totale de la vie des femmes camerounaises”. Elle dit ne pas avoir “un réel sentiment que le Cameroun veuille vraiment que ses engagements pris aboutissent à quelque chose de concret sur l’élimination des violences à l’égard des femmes.”

L’échec de l’État

En 2011, le gouvernement camerounais s’était officiellement et publiquement fixé comme objectif de réduire de moitié les violences faites aux femmes et aux filles d’ici 2026. HRW constate que cet objectif n’a pas été atteint. Les données disponibles suggèrent même que la situation empire. En 2023, une délégation du ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille à Douala a enregistré 188 cas de féminicides signalés, un chiffre déjà en hausse avec 214 cas recensés au seul troisième trimestre de 2024.
Le budget alloué à ce même ministère a diminué de 6,5% entre 2025 et 2026, pour représenter seulement 0,17% du budget national.

Depuis plus de vingt ans, un projet de Code de la famille attend toujours d’être adopté. Pendant ce temps, les femmes vivent dans l’insécurité. Emerince E., infirmière de 53 ans à Douala, citée dans le rapport, résume sa situation en ces termes : “Je vis dans l’insécurité permanente, car mon mari menace régulièrement de me répudier ou de prendre une seconde épouse.”

Le rapport de Human Rights Watch propose également des solutions pour mettre fin à cette crise. On y revient dans un prochain article, enregistre ce site dans tes favoris pour voir nos articles en priorité.

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