
Plusieurs mois déjà que des figures influentes, chrétiennes avec un penchant conservateur et proche de la Maison Blanche militent ouvertement pour enlever le droit de vote aux femmes États- uniennes.
Depuis plusieurs semaines, une nouvelle proposition de loi de l’administration Trump alimente les débats aux États-Unis et au-delà. Mais le texte n’est pas une surprise : il s’inscrit dans un mouvement plus large ancré dans le slogan et la vision même de Donald Trump : America first “l’Amérique d’abord”, mais sans les minorités, sans les personnes trans et sans les femmes.

Plusieurs mois déjà que des figures influentes, chrétiennes avec un penchant conservateur et proche de la Maison Blanche militent ouvertement pour enlever le droit de vote aux femmes États- uniennes.
En Octobre 2016, le statisticien et journaliste américain Nate Silver publiait deux cartes électorales mettant en évidence les tendances de vote selon le sexe. Les chiffres rendaient Trump gagnant si seuls les hommes votaient, tandis que Hillary Clinton l’emportait si seules les femmes votaient. Contre toute attente, c’est Donald trump qui a remporté l’élection deux mois plus tard, alors qu’Hillary Clinton était donnée favorite.
Malgré cette victoire inédite, plusieurs militants et sympathisants de Trump commencent á réclamer que le droit de vote soit retiré aux femmes rendant le mot-clé « Repeal the 19th » (abrogez le 19ᵉ amendement) viral sur les réseaux sociaux.
Porté notamment par des hommes influents comme Nick Fuentes, qui affirmait récemment qu’il retirerait aux femmes le droit de vote s’il arrivait au pouvoir. Ces discours, loin d’être portés par des marginaux, trouvent écho jusque dans l’entourage de Donald Trump. Pete Hegseth, son Secrétaire à la Défense – ou Secrétaire à la guerre, pour être plus exacte, ne s’est pas caché pour relayer des posts véhiculant les mêmes idéaux.
Des figures religieuses conservatrices de proue comme le pasteur Dale Partridge, fervent défenseur du patriarcat biblique, défendent également le household voting (vote familial), un modèle dans lequel le vote est exercé au nom du foyer par l’homme.
Ses comptes de réseaux sociaux comptent près d’un demi million d’abonné.e.s. Il s’exprime régulièrement contre le féminisme, qu’il présente comme le plus grave péché des États-Unis, ainsi que contre les droits LGBTQ+, l’immigration de masse, l’islam et l’hindouisme, l’athéisme, qu’il décrit comme des forces “démoniaques”.
Dans la même logique, lors du sommet de leadership féminin de l’organisation “Turning Point USA”, plusieurs femmes, encouragées par Erika Kirk, la veuve de Charlie Kirk et directrice de l’organisation, ont même affirmé, au nom de leur foi, être prêtes à renoncer à leur droit de vote.
Quel lien entre les droits des femmes et le Save America Act ?
En lisant le titre et le début de cet article vous vous avez peut-être essayé de comprendre le lien entre cette réforme électorale avec les femmes. Commençons d’abord par clarifier ce qu’est le “Save America Act”.
Lundi dernier (27 juillet), Donald Trump, a demandé au président du Sénat, John Thune, d’écourter les vacances des membres du Sénat afin de faire du “SAVE America Act” une priorité.
Sur le papier, cette proposition de loi vise officiellement à venir à bout de la fraude électorale, très rare aux États-Unis. Si elle est votée, chaque citoyen et citoyenne devra désormais fournir une preuve de citoyenneté américaine pour s’inscrire sur une liste électorale. Pour plusieurs observateurs, cette réforme du droit de vote constitue une menace sérieuse à la démocratie. Le droit de vote des femmes, des personnes racisées, des personnes pauvres et des personnes trans serait particulièrement ménacé.
D’après le Brennan Center for Justice, qui s’engage pour une démocratie juste et inclusive aux Etats-Unis, plus de 21 millions d’Américains n’ont pas accès à des documents prouvant leur citoyenneté et près de la moitié des Américains n’ont pas de passeport. Les personnes dont le nom ne correspond pas à celui sur leur acte de naissance devront donc apporter des documents et preuves supplémentaires, ce qui rend la procédure longue et pénible.

Selon le professeur de droit électoral, Rick Hasen, cité par France 24, les personnes qui seront les plus affectées par cette loi sont les femmes, les personnes transgenres et les personnes à faibles revenus, “qui ne peuvent pas payer un passeport et ne voyagent pas” beaucoup. D’après une enquête de Pew Research Center en 2023, près de 80% des femmes américaines hétérosexuelles prennent le nom de leur mari après mariage. Avec une telle loi, toutes ces femmes devront apporter des preuves supplémentaires comme un acte de mariage ou un jugement de divorce, pour justifier leur changement de patronyme. Les personnes transgenres ayant changé de nom à la transition devront faire de même. Si en apparence, la loi est neutre, dans les faits, elle risque d’exclure silencieusement des millions d’électeurs et électrices et de faire régresser le droit de vote des femmes dûment acquis.
Un danger pour les droits des femmes africaines ?
Les États africains étant souverains, les femmes africaines ne devraient, en principe, pas avoir à s’inquiéter à chaque recul des droits des femmes dans les pays du Nord. Seulement, nous vivons dans un monde d’influences, et la réalité montre que ces changements ont un impact considérable sur les pays du Sud Global.
Si loi en elle-même ne représente pas une menace directe pour les femmes africaines, l’idéologie qui la nourrit si. Le continent mère est un terrain prisé des religieux conservateurs et le passé colonial n’aide pas beaucoup.
Depuis au moins une quinzaine d’années, des organisations comme le World Congress of Families ou la Family Research Council organisent des conférences “pro-famille” sur le continent. Plusieurs pays comme le Nigéria, le Kenya, la Côte d’Ivoire ont déjà accueilli ces conférences. À Abuja en 2009, les participant·es étaient exhorté·es à “faire l’inverse de ce que l’Occident demande”, c’est à dire préserver la structure familiale patriarcale. Sous couvert de “préserver la famille”, ces conférences portent souvent des messages d’exclusion et de haine à l’encontre des femmes, des personnes LGBTQ+ et tout ce qui s’écarte un tant soit peu de l’imaginaire familiale mis en avant dans les textes religieux.
Un recul bien orchestré
Des recherches documentent comment des réseaux américains de chrétiens d’extrême droite ont pesé dans le durcissement des lois anti-LGBTQ+ en Ouganda, au Nigeria et dans d’autres pays du continent ainsi que dans l’inscription de “la vie dès la conception” dans la Constitution kényane. Si les messages peuvent varier d’un contexte à un autre, les acteurs et les financements restent souvent les mêmes que ceux qui portent aujourd’hui le discours anti-vote des femmes aux États-Unis.
On se souvient aussi que depuis le retour de Trump au pouvoir, l’USAID a été démantelé et les financements de planification familiale et de santé reproductive coupés. La règle du bâillon mondial : Global Gag Rule (officiellement appelé Mexico City Policy, une politique des États-Unis qui prive d’aide financière américaine les organisations non gouvernementales étrangères qui pratiquent l’avortement, en font la promotion ou informent à ce sujet, même avec leurs propres fonds) a été étendue à l’ensemble de l’aide sanitaire au point de fragiliser des systèmes de santé en Afrique subsaharienne. Les nouveaux accords bilatéraux de santé proposés en remplacement conditionnent désormais l’accès aux financements à l’adhésion à des textes comme la Déclaration de consensus de Genève, hostile à l’avortement et à l’égalité de genre. Plusieurs Etats Africains ayant signé ces contrats ont commencé à durcir leurs législations vis à vis des personnes LGBTQ+. Cette offensive est portée par des réseaux évangéliques américains actifs localement, comme MassResistance.
Que faire ?
Face à tout cela, il est normal de rester vigilant.e.s. “Les droits humains sont une chose pour laquelle on se bat et qu’on protége ensuite”, disait Wangari Maathai.
Assurer la veille informationnelle, documenter et nommer publiquement les conférences, alliances ainsi que les accords bilatéraux et leurs financements. Refuser que la lutte anticoloniale soit détournée par des conservateurs étrangers pour justifier le recul des droits humains sous couvert de “tradition”. Interpeller les acteurs régionaux et continentaux comme l’Union africaine sur leurs obligations vis-à -vis des droits des femmes et des minorités. S’appuyer sur les travaux de recherches et les alertes des ONG et instituts de recherches de droits humains pour exiger des comptes aux dirigeants. Et surtout, continuer à informer et éduquer les femmes africaines sur leurs droits, les menaces actuelles, les dangers du patriarcat et de l’extrémisme religieux.









